Covid-19, confinement et surveillance massive: l’État commande 651 drones pour un coût de 4 millions d’euros

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Un drone diffuse les mesures de confinement sur la promenade des Anglais à Nice, le 20 mars 2020. Photo Eric Gaillard. Reuters

Alors que notre système de santé public est aux abois, le Ministère de l’Intérieur a publié le 12 avril un appel d’offres d’un montant de 4 millions d’euros, pour l’achat de 651 drones. Place Beauvau dément tout lien avec la crise sanitaire actuelle.

Le document, qui aurait pu passer inaperçu, trouve une résonance toute particulière dans le contexte actuel de confinement. Repéré par un journaliste de France Info, un appel d’offres du Ministère de l’Intérieur a été publié le 12 avril. Il prévoit l’achat de près de 651 drones, pour l’équivalent de 4 millions d’euros.


Comme le précise le journaliste Fabien Leboucq, via la cellule CheckNews de Libération, cet appel d’offres a donné lieu à de nombreux commentaires et reprises. Comme sur la page Facebook proche des gilets jaunes «Cerveaux non-disponibles», où une publication partagée plus de 18 000 fois s’interroge sur la temporalité de cette annonce : 

«Alors que l’hôpital est toujours en pénurie de masques et de blouses faute d’anticipation par l’Etat et qu’on fait plus de contraventions que de tests, la mécanique d’une société de surveillance se met en place. Voilà qu’on nous sort des bizarreries telles que des commandes de « micro-drones du quotidien » pour surveiller la population.»

L’appel d’offres du ministère fixe un accord-cadre d’un montant total estimé à près de 4 millions d’euros hors TVA, sur quatre ans, et se décompose en quatre lots (les entreprises peuvent candidater pour obtenir un ou plusieurs lots). Il est possible de consulter les spécificités techniques de cet appel d’offres sur le site de la plateforme des achats de l’Etat, Place.

  • Le premier lot concerne environ 565 «micro-drones du quotidien», pour un prix estimé de 1,8 million d’euros (HT). Ces drones doivent faire moins d’un kilo, pouvoir voler pendant vingt-cinq minutes minimum, et à une hauteur de 100 mètres en étant discret. Ils doivent filmer en 4K ou UHD, et avoir une caméra thermique tout en transmettant à 3 kilomètres au moins.
  • Le deuxième lot concerne environ 66 drones «de capacité nationale», plus massifs (8 kilos maximum) mais également discrets à 120 mètres, pour un montant estimé de 1,58 million d’euros (HT). Ils doivent embarquer un objectif filmant à 500 mètres (avec un zoom x30 de jour), voler vingt minutes sans recharge et transmettre au moins à 5 kilomètres.
  • Le troisième lot concerne une vingtaine de «nano-drones spécialisés», pour un prix hors TVA de 175 000 euros. Ils doivent peser moins de 50 grammes, avoir vingt-cinq minutes minimum d’autonomie et transmettre leurs images à 2 kilomètres minimum.

«L’achat de drones sera-t-il fait, en partie ou entièrement, sur les deniers du FSI ? Et dans lequel de ses volets s’inscrit l’achat de ces équipements ?», s’est interrogé le journaliste Fabien Leboucq.
Contacté par la cellule CheckNews de Libération, le Ministère de l’Intérieur n’a pas répondu aux questions sur le sujet et s’est contenté de leur écrire que l’accord-cadre répond aux «besoins de la sécurité intérieure (gendarmerie nationale, police nationale et sécurité civile)». Le Ministère ne leur a pas non plus communiqué la date à laquelle ces appareils entreront en fonctionnement.

Toujours selon CheckNews, le Ministère de l’Intérieur assure toutefois que la commande n’a rien à voir avec l’actualité : «Cet appel d’offres est sans lien avec la situation sanitaire actuelle, l’expression de besoin et les spécifications techniques ayant été consolidées au cours du second semestre 2019.»

«De précédents appels d’offres font état de commandes de drones de la part du ministère, mais pour des montants et des quantités moindres (233 000 euros en 2011, 315 000 puis 487 000 euros en 2015, 328 000 euros en 2016, par exemple).» précise le journaliste Fabien Leboucq.

Dans le contexte de crise sanitaire, l’utilisation de drones se généralise pour vérifier le respect des mesures de confinement, ce qui n’est pas sans inquiéter l’association de défense des libertés publiques la Quadrature du Net, qui a recensé plusieurs villes où les forces de l’ordre ont recours à ce dispositif.
Une expérience de ce type, commencée à Nice, a par exemple été étendue à tout le département des Alpes-Maritimes où une entreprise privée de drone épaule policiers et gendarmes, selon l’agence spécialisée AEF.
Dans d’autre cas, d’après l’agence, ce sont les drones de la gendarmerie qui sont utilisés, notamment sur les littoraux de Charente-Maritime, des Côtes-d’Armor, de Corse, du Pas-de-Calais, de Loire-Atlantique, du Var, ou encore «sur les berges du Doubs, en Haute-Garonne, ainsi qu’aux abords du lac du Bourget (Savoie)».

L’AEF chiffre à 300 le nombre de drones en dotation chez les gendarmes et à 110 chez la police nationale, notant que certains ont été déployés pour faire respecter le confinement à Marseille ou à Lille. La préfecture de police de Paris utilise ces équipements avec le même objectif dans la capitale, relève l’AFP.

Rappelons qu’en pleine crise sanitaire, malgré la pénurie de masques pour les soignants et l’ensemble de la population, le gouvernement avait déjà fait le choix de passer un autre appel d’offres «étrange», le 3 mars, comme le rapporte le quotidien Reporterre : des gaz lacrymogènes pour plus de 3,6 millions d’euros, «au profit de la police nationale et de la gendarmerie nationale», précisément des «Aérosols CS à diffusion dispersive petite capacité (40 à 50 ml)», des «Aérosols CS à diffusion dispersive moyenne capacité (300 ml)» et des «Aérosols CS à difffusion dispersive grande capacité (500ml)».

En revanche, ce n’est que le 28 mars que le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé que le gouvernement avait commandé 5 millions de tests rapides du coronavirus.

« En Espagne, la police a été mobilisée pour distribuer dans les transports publics, gratuitement, plus de 10 millions de masques. En France, la police a verbalisé plus de 500 000 personnes. Cherchez l’erreur. » 

s’agace ainsi Cerveaux Non Disponibles.

En effet, il y a de quoi s’agacer, et il est légitime de penser que les priorités du gouvernement Français sont ailleurs.

4 Commentaires

  1. Si un jour je vois un drone passer au dessus de ma maison moi je suis chasseur j’ai ce qu’il faut a la maison il va pas en rester grand chose c’est moi qui vous le dit ….et je suis a la retraite et j’aurait le temps de les surveiller ..

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