DANS LA BOULE DE PAPIER…

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Le 25 avril 2017, par Philippe A. Jandrok

« Maintenant je suis maudit, j’ai horreur de la patrie.

Le meilleur, c’est un sommeil bien ivre, sur la grève. »

Rimbaud, Mauvais sang, avril aout 1873

C’est dans la pénombre de mon laboratoire à idées, que j’entends cogner les bruits sourds de la raison, gommés par l’imprégnation perverse des puissants. Ils sont là, invisibles, autour de moi, ils m’espionnent à travers les webcams, les TV connectées, à travers le réseau internet et le Linky, diabolique boîtier système qui grille les cerveaux à travers les murs, les cloisons de verre, rampant comme un serpent malveillant jusqu’à la racine neuronale de chaque cerveau future cervelle à griller sur le gril de la fin des hommes.

Étrange déclaration en cette fin de soirée que je passe avec moi-même, un chien à mes pieds dont le souffle apaisant me rappelle à l’essentiel : la vie, le bonheur de vivre et de partager ensemble des instants si secrets.

Dehors, le vieux cèdre ronfle en agitant ses bras durs comme la pierre de l’Atlas, ses aiguilles déposent un tapis sur la cassine jadis blanche, en lui donnant un air sale, la nature est ainsi, elle prend tout ce qui est bon pour elle, et partage tout ce qu’elle possède pour les autres, car, elle ne possède rien.

Partager, j’ai fait cela toute ma vie, certainement parce que l’on m’a beaucoup pris, il en est ainsi lorsque l’on n’est pas matérialiste et que l’on s’éloigne du vice de la possession, ce triste enclos des âmes mortes.

L’homme marche quotidiennement sur le fil du rasoir, posant un pied devant l’autre dans un équilibre précaire sous les cieux d’azur, bombardés de rails blancs aux douteuses destinations finales, oui finales comme la mort, cette mort qui retombe sur la vie en milliard de nanotechs que nos brillants scientifiques du CNRS annoncent comme inexistantes.

Il paraît qu’à Mexico City, les oiseaux tombent du ciel, ils sont asphyxiés par la pollution de l’activité humaine, à Pékin, ce sont les hommes, les femmes et les enfants qui s’écroulent dans la rue, victimes comme les oiseaux du pays des Mayas, qui est également celui du maïs et des abeilles.

Dans nos grandes villes, les citoyens ne réalisent pas à quel point ils sont atteints, ils sont victimes de maladies neurodégénératives les plus obscures que les médecins ignorent, ils n’ont jamais été confrontés à ces nouveaux cas, et pour cause… On apprend plus la médecine à la faculté, mais la prescription.

De leur côté, les politiques confirment que tout va très bien « Madame la marquise, tout va très bien, tout va très bien. » Ray Ventura n’est plus qu’un souvenir lointain, qui le connaît encore ?

Sous mon pied tout à coup, crisse une feuille en boule, non elle crie, je bondis sur le côté pour voir si je n’ai pas écrasé un être vivant sans m’en rendre compte, non, c’est une simple boule de papier froissé ?

Je m’en approche et la ramasse, elle sent la rue, je la déplie et lis en lettres capitales, écrites dans la fureur du désespoir :

– Culpabilité !

Je regarde à droite puis à gauche, cela m’est-il adressé ? Je découvre soudain ce mot qui m’éclate au visage et qui brûle ma conscience, mais en quoi serais-je coupable d’une faute et de laquelle ?

Une lente théorie du complot à la mode de chez nous naît dans mon esprit qui se met en branle comme une grosse mécanique, je suis Chaplin dans « Les Temps modernes », je visse des boulons à en devenir fou, pendant des heures, des semaines des années, depuis des siècles, alors que Macron compte les tours de pince monseigneur, à tout honneur, en faisant des statistiques et  déclarant tout à fait naturellement :

– “Si tu veux t’acheter un costard, tu dois visser plus vite et plus longtemps et surtout, être moins payé. Toi, tu visses, moi, je calcule, tu vas de l’avant, moi je recule… Non, s’il te plaît, ne me touche pas, tu vas salir mon costume, il te faudrait six mois de salaire pour te l’offrir, je n’apprécie pas être sali par un pauvre, comprends-tu ? Tu dois admettre que « Les salariés doivent pouvoir travailler plus, sans être payés plus si les syndicats majoritaires sont d’accord. » Et vous les ouvriers, « Vous n’allez pas me faire peur avec votre t-shirt, la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler. »

J’embrasse tes enfants, ouvrier, face caméra pour apaiser tes tourments, mais tu as raison, Jean Lassalle a raison, c’est bien moi qui vais tous vous baiser et je n’ai de leçon à recevoir de personne.

Macron, la voix de la sagesse, il me donne du courage et me fait croire que je peux devenir millionnaire, il en profite pour baisser mon SMIC, quel honnête homme, quel brillant conseiller, il fera un excellent président de l’enfumage généralisé.

Je cherche dans ce présent désespérant, dans mon passé animé, dans ce futur que j’envisage sombre pour notre peuple, une réponse à ma culpabilité soudaine. Je ne trouve pas, et puis, tout à coup, comme une odeur qui vous écœure, un sentiment de vomir le monde sur le monde, de gerber une colère sourde sur la bêtise, mais pire encore, sur la manipulation sordide que je dois subir malgré moi.

Nous vivons chez les morts-vivants, ceux qui ne pensent plus par eux-mêmes, mais qui suivent le courant hypnotique médiatique délivré par des beautés brunes ou blondes qui nous annoncent les pires horreurs avec le sourire, et nous les laissons pénétrer nos vies à l’heure des trois repas quotidiens.

Nous mangeons et buvons leurs paroles empoisonnées, jadis, on bénissait le repas, mais le PS et les communistes ont assassiné Dieu, c’est qu’il vaut mieux épouser les paroles de leur dieu à eux, pour sombrer dans l’hypnose de la bêtise.

– « Je l’écoute ne faisant de l’infamie une gloire, de la cruauté un charme… » disait Arthur Rimbaud dans ses « Délires ».

Ces femmes journalistes qui s’invitent à notre table à travers l’écran sont nos maîtresses virtuelles, nos séductrices perverses, nos sirènes antiques. Elles, qui susurrent à nos oreilles la mélodie du mensonge, cette chanson à la fois cruelle et « douce que me chantait ma maman en suçant mon pouce ».

Pourquoi trahir sa maîtresse, elle est présente et même fidèle, c’est qu’elle nous a ensorcelés dans le comble de l’ironie. Je dois quitter cet engrenage qui m’empêche de penser par moi-même, la tête entre les mains, je lutte contre l’hypnose, je ne veux ni sa chair ni son goût dans ma bouche, la sirène empoisonne mon esprit par sa fréquence maudite.

Ma culpabilité a soudain une odeur d’encens, elle vient de ce temple du mensonge sacré dont je ne saurais plus être dupe. Nous devons briser les idoles médiatiques, jeter au cachot les odieux politiques, brûler les prêtres des messes noires et briser les encensoirs de la presse à crétins. Nous devons refondre la société pour la rendre humaine à nouveau. J’ai éprouvé l’abattement le plus intense après la défaite de F. Asselineau, nous nous étions tant battus pour qu’il fasse une percée, en vain, mais était-il si différent des autres, je crains que non. Les irrégularités ne changeront pas grand-chose au scrutin et bientôt, nous apprendrons que le jeune banquier a fait voter les morts, lui qui fait téléphoner un message magnétique sur les réseaux SFR et Bouygues sans même l’autorisation des utilisateurs, même pas élu, déjà le nabot triche.

Personne n’a donc le courage de porter plainte pour cette intrusion dans sa vie privée pour influencer sa participation au scrutin qui ressemble de plus en plus à un scrotum ? Ce sont les malins qui trichent, et nous sommes abattus pour nous être livrés avec honnêteté et sincérité ? Non !

Je n’accepte pas de voter pour une vierge folle contre sa maman au sourire de cannibale, ils sont de même famille, compagnons de l’enfer social. Ils font naître les faux espoirs en bûcher qui brûleront en larmes de désespoir, ils vont détruire la société pour imposer des solutions sordides qui ne laisseront plus le moindre choix au peuple que de les accepter contre son gré. Ils ont besoin d’Angel Face pour se rassurer et d’une vieille toupie pour effrayer… La psychologie et le contrôle mental sont si bien étudiés.

Après la bataille, il y aura l’œuf au riz, et le dépeçage du cadavre du peuple sur la France, cette table ronde qui a perdu son roi et ses chevaliers de dignité, pour les remplacer par le vainqueur d’indignité.

Le Macron dépècera le cadavre, fouillera dans ses entrailles, son sourire deviendra hideux, comme celui d’un reptile dominateur, nous serons fous de rage, en vain, rendus impuissants par le scrutin, il jettera les entrailles sur le tapis de la nation, en saisira le cœur pour le dévorer devant nos yeux effrayés par tant d’horreur. Oui, nous avons été brisés, oui nous sommes tristement désespérés, oui, mille fois oui, parce que nous avions choisi une sortie digne pour la nation, la seule qui pouvait la sauver.

Nous sommes victimes de notre bienveillance, car, nous voulions apporter le bonheur à la France, à notre peuple, alors que le couple de conquistadores vient en conquérants briser la difficile harmonie, l’harmonie désastreuse qu’il avait déjà percée de toutes parts.

C’est cela qui nous rend si tristes, l’assassinat de la raison face à la passion imbécile d’un peuple aveugle, ce « bétail de la misère » promené par l’ivrognerie des faubourgs et l’ignorance petite-bourgeoise qui voit dans le matérialisme et la haute finance davantage de vérités que dans l’humanité.

L’humanité, pouah !

Quel mot horrible, quelle insulte pour le Grand Capital qui nous maudit, nous, hommes et femmes de bonne volonté qu’aucun diable ne peut briser, enfin, un peu tout de même…

Nous vivons une époque formi… Diable… !

6 Commentaires

  1. Sous le poids de sa croix il s’écroule pour la troisième fois. Sorti de la foule hystérique, je tente de soulever le bois qui l’écrase sous son poids mais trop lourd il m’entraîne, je m’écroule par dessus.
    Alors Il inspire profondément à pleins poumons et se soulève et sa croix et moi par dessus.
    On l’a vu épuisé, sanguinolant, abattu, moribond et il renait d’un souffle de Vie.
    Rien ne meurt, l’inutile seul disparait, tout est Vie.
    L’Amour vaincra, avec ou sans nous pour le dire. De nos petits bras et petites jambes nous bougerons nos cœurs pour que la fin du film soit heureuse et joyeuse pour tous.
    Amour à toi Philippe

  2. Bonjour Philippe
    J’ai lu votre beau texte plusieurs fois.
    Il m a beaucoup touchée.
    Vous nous apportez beaucoup et j’ai peur que nous ne ne soyons pas suffisamment conscients et reconnaissants de tout ce que vous faites pour nous réveiller.
    C’est pourquoi je tenais à vous saluer ce matin.
    Amicalement.

  3. Cher Philippe, j’entends votre douleur et votre tristesse. Nous marchons sur un chemin pavé d’épreuves… mais nous avançons.
    Les « élections », pour ne parler que de cela, ne sont qu’une mascarade de plus, dans la continuité de cette civilisation de mensonges et d’illusions. Je ne m’énerverai même pas lorsqu’un nouveau berger prendra la tête des moutons.
    Cela ne me concerne plus. Je suis un être souverain, et comme tant d’autres, je garde le cap de la Lumière, centrée sur mon âme et ma puissance. Nous devons nous en souvenir, chaque fois que la réalité actuelle nous oppresse. Nous savons que nous n’avons pas besoin de gouvernants.
    Nous devons dédier nos forces à ce que nous voulons créer et évoluer en nous-même. Un jour, nous aurons construit la civilisation du nouvel Humain, le souverain.
    Les puissants le savent. Voilà pourquoi ils dépêchent leurs sbires pour réduire cet humain qui évolue vers la conscience, la liberté et la paix.
    Pourtant, viendra le jour où ils auront eux aussi évolué et se rallieront à l’Amour universel. Si l’intelligence dont ils se servent n’était pas artificielle, ils l’auraient déjà compris.

  4. Bonjour Philippe,

    Un grand merci pour votre contribution essentielle,

    Nous sommes tous épuisés en ce moment par cette traversée insensés dans la conscience ou l”inconscience de ces âmes dirigeantes devenues folles sont ils humains ?…

    Gardons le cap mon capitaine !

    Une Bretonne

    K L C

  5. Tel un phare dans la nuit, vous guidez et enseignez. Votre coeur est grand et vaillant, On le sent et on le sait, il porte l’armure de Dieu. Votre intelligence, votre savoir et votre expérience, vous les semez…terre fertile ou pas, le vent, pour vous, les portera. Votre courage, votre bienveillance et votre humanité traverseront le temps…vous êtes de ceux qui contribuent et qui imprègnent l’histoire de ce monde. Vous êtes un être digne et vrai. M. Jandrok…je vous suis reconnaissante, je vous admires et vous aimes…et sachez-le, je ne suis pas la seule. Prenez grand soin de vous, une époque formidable reste à venir, à construire.

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