Patrick Laubscher est passionné de nature et de plantes, comme beaucoup il a été victime de la
maladie, la sienne, la maladie de Crohn, déclarée à l’âge de 18 ans, l’a conduit à de sérieuses remises
en question de son mode d’alimentation ainsi qu’à se former en phytothérapie, naturopathie et en énergétique.
Grâce à ses savoirs et à leur mise en pratique, il est aujourd’hui en rémission de la maladie de Crohn.
Il continue cependant à avoir un suivi médical et à prendre son traitement, même si il a tendance à l’oublier, parfois.

Nos amies les plantes

L’utilisation des plantes à des fins médicinales remonte à des origines très lointaines et perdure de nos jours. La plante est un être vivant qui doit sans cesse s’adapter à son environnement à cause de son absence de mobilité. Il s’agit d’une véritable usine chimique. Nous ne connaissons pas toujours et de façon exacte les molécules actives qui sont à l’origine de leurs effets. Il s’agirait très souvent d’un ensemble de molécules qui agissent entre elles. Pour cela, nous disons que nous utilisons le « totum » de la plante : le tout est supérieur à la somme des parties.

La phytothérapie est plus un travail de régulation de terrain, bien qu’on puisse l’utiliser pour réduire l’impact de certains symptômes, mais elle ne remplace pas l’allopathie qui consiste à utiliser une seule molécule à une dose thérapeutique précise et contrôlée, et qui comme vous le savez nécessite une formation médicale. Cependant la question du recours immédiat à l’allopathie pour un certain nombre de troubles fonctionnels bénins fait débat.

Les plantes médicinales font partie de la médecine populaire. Dans bon nombre de cas, elles sont dépourvues d’effets secondaires et peuvent être utilisées sans danger à condition de respecter certains usages. C’est sous le terme de « simples » qu’elles sont nommées et peuvent être retrouvées dans d’anciens ouvrages d’herboristerie. Ces « simples » peuvent être, néanmoins, très efficace et constituer à la fois une approche thérapeutique préventive et régulatrice. A titre d’exemple, notre bienheureuse arnica (Arnica Montana) dont les effets décontracturant et anti-ecchymose (formation d’un « bleu ») sont bien connus à la fois sous forme d’extrait lipidique, gels, crème ou en homéopathie et à une certaine dilution l’Arnica Montana agit sur les « bleus » de l’âme.

Les plantes citées ci-dessous peuvent être utilisées dans les cas de maladie de Crohn ou autre MICI. Nous allons chercher à obtenir plusieurs effets pour aider à réduire le terrain inflammatoire digestif, protéger les muqueuses, moduler la réponse immunitaire, faciliter la digestion et notamment aider le foie à faire son travail. Une action de régulation du système nerveux sera également très importante, compte tenu du lien entre stress et système digestif.

Le principe de l’herboristerie est de réaliser des mélanges de plantes pour créer une synergie. Elles vont se renforcer entre elles. Les quantités utilisées peuvent varier. Généralement pour les proportions, on peut partir sur une part égale de chaque plante, mais il faudra faire attention avec certaines d’entre elles dont le goût ou l’action peuvent être très forts. On réduira alors leur quantité en conséquence.

Voici des exemples de plantes par propriétés :

  • Exemples de plantes anti-inflammatoires de la muqueuse digestive : fleurs de camomille romaine, matricaire, calendula, feuilles de plantain, racines de réglisse (précautions d’emploi(1)), feuilles de cassis, aigremoine
  • Exemples de plantes adoucissantes : fleurs de mauve, feuilles de plantain, fleurs de matricaire, sommités fleuries de lamier blanc, racines de chiendent
  • Exemples de plantes modulatrices de l’immunité : racines de réglisse, feuilles de desmodium,
  • gingembre, curcuma (à prendre en extrait), griffe du chat
  • Exemples de plantes favorisant la digestion : graines de fenouil, anis vert, fleurs de camomille romaine, matricaire, feuilles de marjolaine, menthe poivrée, racines et fruits d’angélique, cardamome(2), verveine citronnée
  • Exemples de plantes agissant sur le foie : fleurs de calendula, feuilles de menthe poivrée,
  • desmodium, achillée millefeuilles, artichaut (très amer), romarin, aspérule odorante,
  • gingembre, curcuma
  • Exemples de plantes régulant le système nerveux : matricaire, marjolaine, angélique, aspérule odorante, passiflore, verveine citronnée, mélisse(3)

(1) A utiliser en petite quantité et pas sur une longue période en continu, contre-indiquée si la personne est hypertendue ou cardiaque surtout avec les extraits.
(2) Très utile à faible dose dans la maladie de Crohn, cette très ancienne plante médicinale agit positivement sur le microbiote intestinal.
(3) Grande plante mais à utiliser de préférence fraîche ou en extrait de plantes fraîches comme les alcoolatures ou teinture-mères. L’Eau de Mélisse des Carmes est un vieux remède mais intéressant car on peut l’avoir toujours sur soi. La mélisse m’a été d’une très grande aide, je lui dois beaucoup.

Certaines plantes ont plusieurs actions comme vous pourrez le constater. C’est là que nous entrons dans la « magie » des plantes et la subtilité de la phytothérapie. Par exemple, l’une des championnes est la réglisse (Glycyrrhiza glabra) qui vient du bassin méditerranéen. Elle agit à la fois sur le système digestif, respiratoire, immunitaire et endocrinien avec les surrénales. Elle est presque considérée comme une plante adaptogène, car elle va aider le corps à mieux gérer sa réponse au stress. C’est de plus une grande tonifiante, très utile en cas de fatigue chronique. Pour les MICI, et s’il n’y a pas de contre-indication, c’est véritablement une plante à recommander.

L’ART DE L’HERBORISTERIE

Ces plantes peuvent être prises individuellement, mais un mélange de 3 ou 5 plantes (jusqu’à 7 par des herbalistes confirmés) est plus efficace pour les raisons évoquées ci-dessus. Le mélange de plantes est pris généralement pendant 3 semaines, suivis d’un arrêt d’une semaine, puis d’une reprise pendant 3 semaines du même mélange ou d’un autre.

La préparation d’une infusion est un art qui nécessite un peu de temps. Il existe aussi des formes d’extraits de plantes très intéressants et plus pratiques. Mais l’infusion reste un excellent moyen pour l’assimilation des principes actifs, sans oublier son faible coût et ses multiples combinaisons de plantes. À mon avis pour agir sur la sphère digestive, rien ne vaut une bonne infusion préparée avec de l’eau de source de qualité.

Il existe plusieurs écoles sur la préparation d’une infusion. On préconise en général 3 à 4 cuillères à soupe par litre d’eau froide qu’on amène à ébullition et qu’on couvre. Ensuite, on laisse infuser hors du feu pendant 8 à 10 minutes puis on filtre la préparation à l’aide d’une passoire. Les parties de plantes les plus fragiles (fleurs) sont beaucoup moins infusées, en moyenne 6 minutes suffisent. Pour les feuilles un peu plus et pour les parties les plus dures (racines ou écorces), on réalisera plutôt une décoction. Cependant comme on réalise souvent des mélanges on fera alors une préparation « intermédiaire » quitte à laisser infuser plus longtemps des fleurs. On évitera surtout de mélanger fleurs et parties dures.

En suivant les exemples ci-dessus, vous pouvez très bien faire une infusion de un litre avec:

  • 1 càs de camomille
  • 1 càs de mauve
  • 1 càs d’angélique.

Nous aurons une tisane à la fois digestive, calmante et adoucissante.

Pour être plus complet, on pourra rajouter du romarin et un peu de réglisse. Il faut faire attention, mais il n’y a pas de gros risque de surdosage et si l’on cherche une action thérapeutique, il vaudra mieux bien concentrer la préparation. On distinguera alors les préparations disons, plaisirs ou quotidiennes, que l’on peut faire toute l’année et la prise d’un mélange en cure.

Christophe Bernard, naturopathe-herbaliste, a dressé un tableau comparatif des dosages utilisés par de grands noms de la phytothérapie en France, vous pouvez le consulter ici :

https://s3.eu-west-3.amazonaws.com/pdf-gratuit/quantites-infusions-decoctions.pdf

Je vous recommande bien sûr de contacter des herbalistes, des paysans-herboristes ou aller dans des herboristeries afin de pouvoir vous réaliser un mélange de plantes précis et tout prêt. Il y a certaines plantes que vous pouvez également cueillir et faire sécher chez vous (romarin, plantain, lamier blanc, menthe poivrée…).

UNE APPROCHE DE SANTÉ GLOBALE

On parle de médicinales, mais les plantes sont au cœur de notre alimentation. La première forme de soin est alimentaire et ce sont les changements alimentaires qui ont participé à ma rémission. Limitez les aliments pro-inflammatoires comme la viande (surtout rouge), les produits laitiers ainsi que les céréales raffinées. Manger plus de légumineuses m’a beaucoup aidé. La cuisine indienne ayurvédique est très intéressante dans ce cas, car végétalienne et riche en épices favorables au système digestif.

Veillez à un apport suffisant en acide gras de type oméga 3 d’origine végétale :

  • huile de chanvre, cameline, lin, noix… à rajouter crue dans l’alimentation et à conserver au frigo, ainsi que les acides gras d’origine animale comme les petits poissons gras des mers froides (sardine, maquereau).

L’hygiène de vie passe également par une meilleure gestion du stress et un travail sur la sphère psychoémotionnelle. Les exercices de respiration, la sophrologie, le yoga ou le qi gong par exemple, seront très favorables.

On peut penser aussi à certains compléments alimentaires comme la L-glutamine qui aide à la régénération de la muqueuse digestive. Des recherches évoquent aussi un lien avec l’état du microbiote intestinal et les MICI, l’usage de probiotique peut être donc utile aussi.

Les super aliments comme l’herbe d’orge, la spiruline, les feuilles de moringa peuvent aider également et combler les carences susceptibles d’apparaître avec les problèmes d’assimilation constatés lorsque le système digestif est perturbé.

En complément aussi de la phytothérapie, les huiles essentielles, les hydrolats ou les macérats de bourgeons pourront apporter une grande contribution.

Enfin, un travail énergétique ou informationnel avec de l’homéopathie (notamment séquentielle), certains massages, le magnétisme ou le reiki pourront agir en profondeur.

Tout comme les plantes dans une infusion, c’est la synergie d’action qui va vous aider à réguler votre terrain qui comprend les dimensions : physiques, émotionnelles, mentales, et même spirituelles. Trouver un sens à sa vie ou un nouveau but, lui donner une autre hauteur vous aidera à relativiser votre situation. C’est ma maladie qui m’a guéri. Tout cela est un chemin passionnant qu’il faut arpenter avec confiance et courage.

LE « MAL A DIT », VERS UNE VRAIE PRÉVENTION

Sans ce Crohn, dont la résonnance du mot me rappelle étrangement un « crochet », je ne sais pas si j’aurais appris toutes ces choses. Pour autant, je ne souhaite bien sûr à personne de vivre tout cela et grâce au travail de personnes comme M. Jandrok on peut faire de la vraie prévention en s’informant soi-même et en protégeant le plus possible nos enfants.

Nous avons parlé des maladies chroniques de l’intestin, mais il faut savoir que très souvent, l’état de la muqueuse digestive est mauvais chez la plupart des personnes. Cette perméabilité intestinale peut être l’origine de bien d’autres problèmes. Toutes les recommandations citées ici peuvent être appliquées pour vous-même, même en l’absence de maladie déclarée. N’oublions pas en effet que la prévention est la meilleure des approches de santé.

La nature nous apporte tout ce dont nous avons besoin, mais c’est un capital qu’il faut respecter et c’est une dimension à prendre en considération lors de nos cueillettes ou de nos achats.

Patrick Laubscher
Naturopathe-herbaliste
www.patrick-laubscher.fr

Références :
Se soigner par les plantes, Dc en pharmacie et herbaliste Gilles Corjon, ed. Jean-Paul Gisserot.
https://www.altheaprovence.com/, site internet de Christophe Bernard, naturopathe-herbaliste.
http://www.syndicat-simples.org/fr/index.php, le site du Syndicat des simples regroupant producteurs et cueilleurs de plantes médicinales.
http://www.ffeh.fr/, site de la Fédération des écoles d’herboristerie

4 Commentaires

    • Oui Louise, vous avez raison Cependant gardons à l’esprit l’origine de l’hypertension. Si c’est bien ce dont vous parlez.
      Car dans ce domaine aussi, beaucoup de désinformation. Ajoutons y la malbouffe, le stress et nous avons tous les ingrédients pour une nouvelle maladie hautement rentable… Pour qui ?

    • effectivement, il ne faut pas négliger les précautions d’emploi de la réglisse lors d’hypertension…
      Les pauses, ou autrement dit les fenêtres thérapeutiques sont réellement importantes.
      j’ajouterai également, que souvent les probiotiques sont pris le matin avec son petit café…et même s il est vrai que désormais, certains sont censés avoir une forme galénique adaptée, le plus sage est de les prendre avec une boisson ni trop chaude ni trop froide d’ailleurs…
      enfin, il me semble judicieux de parler avec son médecin de son usage des plantes. d’une part pour un meilleur suivi de sa pathologie ,et d’autre part, afin de faire évoluer les mentalités des prescripteurs quand à l’usage des plantes encore bien trop souvent dénigrées par méconnaissance des professionnels de santé

    • Bonjour,
      C’est marqué en notification que la réglisse a quelques contre-indications, qui concerne surtout les extraits de réglisse fortement concentrés en glycyrrhizine. En infusion, on en utilise toujours une petite quantité. Si vous en mettez trop, je vous lance le défi de boire la tisane qui risque d’être écœurante.
      La réglisse n’est pas considérée en soi comme hypertensive mais elle peut le devenir si la prise est trop importante au-delà de 4 à 6 semaines.
      http://www.doctissimo.fr/html/sante/phytotherapie/plante-medicinale/reglisse.htm

      Ce serait dommage de s’en passer dans les cas de MICI, si la personne est fatiguée notamment.

      Saviez-vous que la réglisse servait, avec l’orge et le chiendent, à préparer la tisane des hopitaux, dites « bonne à tout » et sans indication particulière. Ref : Dc VALNET, Jean. La phytopthérapie – Livre de poche

      Très bonne journée
      Patrick Laubscher

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