Le chant des plongeuses de l’île de Jeju en Corée du Sud…

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Par Aliette de Laleu

En Corée du Sud, sur l’île de Jeju, de nombreuses femmes pratiquent une tradition qui date du 17e siècle : plonger en apnée pour pêcher des fruits de mer. De cette pratique est né tout un répertoire de chants porté par ces plongeuses appelées haenyos.

Trois plongeuses coréennes de l’île de Jeju photographiées en 2011. © Getty / Douglas MacDonald

Elles sont appelées haenyeos, qui littéralement veut dire ‘filles de la mer’. On les retrouve sur l’île volcanique de Jeju tout au sud de la Corée du sud, et depuis plus de deux siècles, elles chantent leur propre musique… Comme un chant des sirènes, ce répertoire est né avec l’émergence de ces plongeuses au début du 17e siècle. 

A ce moment-là, il y a plus de femmes que d’hommes sur l’île, elles ne sont pas taxées sur leur travail contrairement aux hommes et on dit qu’elles sont plus résistantes au froid sous l’eau donc c’est à elles que revient la lourde tâche d’aller pêcher les fruits de mer.

Un travail dangereux

Il faut imaginer le peu de moyens et de matériel à l’époque pour ce métier. Les plongeuses pêchent en apnée, elles vont jusqu’à 10 mètres sous l’eau et doivent travailler toute l’année, même en plein hiver, jusqu’à 7h par jour, avec tous les dangers des courants particulièrement forts autour de l’île… Pour rejoindre les bons spots de pêche, il faut ramer longtemps et c’est dans ce contexte que les chants sont nés, au rythme des vagues…

Les paroles de ces chants tournent autour de l’incompétence de leurs maris, elles se plaignent du gouvernement et se lamentent sur leur destinée… Le métier est en effet épuisant puisqu’il faut, en plus, qu’elles s’occupent de leurs foyers, des enfants et de toutes les tâches effectuées par les femmes dans une Corée du Sud très attachée à cette répartition sexuée des tâches. 

 

Des plongeuses peu respectées jusque dans les années 60

Les plongeuses sont mal vues de la société, c’est un métier dégradant mais elles n’ont pas le choix si elles veulent nourrir leur famille et survivre. Ce n’est qu’à partir des années 1960 que les plongeuses commencent à être respectées, elles deviennent même le centre de l’attention. A cette époque on peut encore compter une vingtaine de milliers d’haenyeos sur l’île de Jeju. Aujourd’hui il en reste quelques milliers, surtout des femmes âgées qui continuent, parfois au-delà de 80 ans, à plonger. 

Ce sont elles qui détiennent la culture de ces femmes de la mer, ce sont surtout elles qui connaissent encore bien les dizaines de milliers de chansons inventées par ces plongeuses…

Une attraction touristique 

Le gouvernement coréen tente depuis peu de préserver cette culture. Mais les haenyeos deviennent surtout une attraction touristique. Les chants sont réinterprétés, la mélodie est un peu modifiée et la violence des paroles est atténuée. Aujourd’hui il existe un peu deux écoles : celle qui souhaite que ce répertoire soit conservé tel quel, et celle qui veut l’ouvrir à un plus grand public et pour ça, il faut que ça plaise à ce grand public. Vaste débat que l’on retrouve un peu partout quand on parle de musiques traditionnelles… 

Pour devenir plongeuse, c’est un parcours du combattant. Il y a trois niveaux à atteindre. Dans la tradition, les jeunes filles commencent à s’entraîner dès l’âge de 8 an et font leurs premières plongées en apnée à l’adolescence pour atteindre le premier niveau, sanggun. Ensuite le niveau intermédiaire permet au bout de 5 ans environ de plonger jusqu’à 6 mètres de profondeur et de retenir sa respiration jusqu’à 1 minute. Ensuite, stade ultime, les plongeuses deviennent des hagun, peuvent retenir leur respiration encore plus longtemps et plonger jusqu’à 10 mètres. Il faut aussi que toutes les femmes du villages acceptent la nouvelle recrue. 

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