Une minute de culture musicale #000

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La culture musicale à un double sens social : l’État moral de la société à un instant T donne lieu à un certain type de musique, et parfois c’est la création musicale à un instant T qui influence l’état moral de la société.

La musique est aujourd’hui omniprésente. C’est un business de chaque instant qui fonctionne 24/24. La musique partout, et on la retrouve notamment dans les deux business soi-disant culturel qui représentent les plus gros chiffres d’affaires annuelles : les jeux vidéo et les films.

Depuis longtemps maintenant la musique « s’incruste partout ». Dans nos automobiles, dans nos téléphones, dans les films comme je le disais plus haut, les jeux vidéo, les magasins, les ascenseurs, les rues…

Nous connaissons tous l’impact que peut avoir une simple ligne mélodique sur un spot publicitaire.

Aujourd’hui je souhaite inaugurer une petite série anodine d’articles sur la musique et ses influences sur la société en vous racontant quelques anecdotes à ce sujet.

Dans ce numéro #000 (un pilote!), je vais vous raconter l’audacieuse dérision des dirigeants de la chaîne MTV.

La chaîne MTV voit le jour aux États-Unis le 1er août 1981, et sa version européenne sera diffusée pour la première fois six ans plus tard exactement le 1er août 1987.

Même si cette chaîne a été une révolution lors de l’ouverture de sa diffusion aux États-Unis, elle n’a pratiquement eu aucune incidence en Europe durant la première moitié des années 80.

MTV USA restait une chaîne musicale complètement inconnue de la France et de l’Europe en général.

Ce qui est fascinant c’est que si vous demandez à une personne qui était adolescente ou jeune adulte à cette époque en Europe quel était le premier clip diffusé sur MTV elle vous répondra sans sourciller : « Money for Nothing » de Dire Strait.

C’est presque vrai !

L’ouverture des MTV Europe ne s’est pas faite sur un clip vidéo mais sur un live de Elton John. Et quand je dis un live c’est un live ! La diffusion était faite en direct.

Le premier clip diffusé sur MTV Europe et qui suivait ce live d’Elton John était effectivement « Money for Nothing » de Dire Straits.

Bien…, il me semble que je vous ai promis des anecdotes. Cette chanson de Dire Straits en est remplie.

Tout d’abord elle décrit le quotidien de l’américain moyen qui ne peut pas se passer des nouvelles technologies et de sa nouvelle chaîne musicale (MTV).

L’ouverture de cette chanson a un aspect électro symphonique sur laquelle on entend la voix du chanteur Sting (du groupe Police) qui chante ces simples paroles : « I want my, I want my MTV…», que l’on peut traduire par « je veux ma chaîne musicale ! »

Même si l’introduction de la chanson se déroule sur un rythme relativement lent, si vous y prêtez un tout petit peu attention vous remarquerez que Sting chante les mots « I want my MTV » sur la mélodie de la chanson « Don’t stand so close to me » de son groupe Police, ce qui lui vaudra d’être enregistré comme co-auteur de cette chanson avec Mark Knopfler (chanteur compositeur de Dire Straits).

Même si le chanteur Sting fait office de choriste tout le long de cette chanson, il n’est apparu qu’une seule fois pour interpréter cette chanson sur scène avec Mark Knopfler lors d’un concert de l’association Live Aid en 1985 à Wembley.

Notons également que de façon encore plus anecdotique, durant ce live, Sting imite les cris de chien enregistré sur la version studio de cette chanson.

Lorsque Marc Knopfler a composé cette chanson qui parle d’électroménager et de la chaîne musicale MTV, il n’avait à cette époque aucune relation avec la chaîne en question.

C’est l’année suivante que le producteur Steve Barron a été contacté par la Warner Bros. pour proposer à Dire Straits d’enregistrer un clip vidéo de cette chanson, la cible directe étant la diffusion sur MTV.

L’histoire raconte que c’est la petite amie de Marc Knofler de cette époque, qui l’a convaincu d’enregistrer le clip tout à fait particulier de cette chanson qui faisait apparaître pour la première fois en images vidéo des personnages en 3D animés.

« Money for Nothing » – Dire Straits – 1985 (clip 1987)

Pour vous aider à situer dans le temps la difficulté de créer des personnages animés à cette époque, sachez que le studio Pixar n’a vu le jour que deux ans plus tard avec son premier film dans lequel on voyait deux lampes de bureau orientables s’animer.

Dans les milieux professionnels de la création d’images de synthèse nous faisons référence à cette époque sous le nom de « PaintBox », qui était à ce moment-là l’outil le plus évolué pour créer des animations image par image.

En plus des images de synthèse en 3D que l’on peut voir dans le clip « Money for Nothing », on remarquera également certains plans live du groupe Dire Straits retouché image par image avec des couleurs fluorescentes.

Et les anecdotes au sujet de cette chanson ne s’arrêtent pas là !

En effet, Marc Knofler s’est évertué à reproduire le son de guitare du groupe ZZ top qui était déjà à cette époque un son déposé (trademark). Le guitariste Billy Gigbbons du groupe ZZ Top, affirmait d’ailleurs en 1986 lors d’une interview pour un magazine musical qu’il avait été sollicité, et qu’il avait aidé Marc Knofler à reproduire ce sont de guitare si particulier.

Même si cette chanson « Money for Nothing » est sortie en 1985, c’est lors de sa première diffusion sous forme vidéo sur la chaîne MTV Europe en 1987 qu’elle est devenue un véritable tube.

Revenons maintenant au premier clip vidéo diffusé sur MTV USA le 1er août 1981 : il s’agissait de l’indémodable « Video Killed the Radio Star » du groupe anglais Buggles, composé par le chanteur Trevor Horn, qui est plus connu pour être le producteur d’une multitude d’albums à succès des années 80 et 90 sous le label ZTT qu’il a fondé avec un ami.

Trevor Horn est auteur-compositeur-interprète, mais il est connu et reconnu comme l’un des meilleurs producteurs depuis le début des années 80.

Le public a tendance à se reconnaître dans les interprètes musicaux et il est très rare que les producteurs soient connus des auditeurs. Avant les années 80, les deux seuls exemples que je puisse citer son George Martin (producteur des Beatles), et Berry Gordy, producteur pour la Motown, est connu pour avoir pris Michael Jackson sous son aile.

Je le répète, ce sont deux des très rares exemples de producteurs connus dans les années 60 et 70.

À partir des années 80 il reste bien moins fréquent de connaître les producteurs plutôt que les interprètes, mais certains consommateurs de musique arrivent à être fidélisés par un certain nombre de producteurs, notamment anglais.

Trevor Horn n’est pas le seul.

On peut également citer Steve Lillywhite, coproducteur du groupe Ultravox avec Brian Eno (premier clavier de Roxy Music). Il faut je pense également citer Daniel Lanois reconnu internationalement pour son travail avec Brian Eno sur certains albums du groupe U2, mais pas que…

Et s’il y a une dernière référence à retenir dans les meilleurs producteurs des années 80, il s’agit de Bob Clearmountain ! Producteur de certains albums de Roxy Music lui aussi, mais aussi des Rolling Stones, de David Bowie, des Pretenders, de The Cure, Tina Turner, Crowded House, Nine Inch Nails, Toto, Simple Minds, Peter Gabriel…, La liste est plus que longue !

Bob Clearmountain sur WikiPedia

Que faut-il retenir de cette période charnière des années 80 ?

Alors que les années 70 ont vu émerger ce que l’on appelle encore aujourd’hui les labels MainStream (je pense notamment au premier disque du label Virgin qui était le fameux « Tubular Bells » de Mike Oldfield), et que la promotion des groupes passait à cette époque par les prestations live, les années 80 ont vu émerger un nouveau type de producteurs qui ont donné lieu à ce style de musique que l’on appelle encore New Wave (nouvelle vague), qui non seulement pensait la musique en termes de diffusion large avec peu de moyens, mais aussi en termes d’image des interprètes à travers la création de clips vidéos qui attiraient durant quelques minutes l’attention de l’auditeur et l’obligeait pratiquement à écouter la chanson en son entier.

Heureusement pour nous, durant une grosse partie des années 80, ces jeunes producteurs n’en faisaient qu’à leur tête ! Il produisait la musique qu’ils aimaient sans chercher à reproduire le son des années 70. C’est également à cette période que les synthétiseurs et les séquenceurs font leur entrée fracassante dans les productions musicales professionnelles. Le premier effet est bien sûr un nouveau son tout à fait différent de la musique acoustique et électroacoustique que l’on pouvait créer avant cela, et le second effet, qui n’est pas des moindres : c’est la possibilité de produire beaucoup plus rapidement.

Durant toute une décennie, la production numérique aura envahi tout le champ musical. Il faudra attendre le début des années 90 pour que la musique pop trouve un équilibre entre les instruments électriques qui font le rock et les outils numériques qui ont fait la New wave. Je pense notamment à des groupes comme Oasis, Blur et Radiohead, qui même en étend édité sur des « gros » labels, portent l’étiquette de rock alternatif.

Notons également qu’à partir du début des années 90 il y a tellement de clips vidéo diffusés sur pratiquement toutes les chaînes de télé que le genre « MTV » n’est plus une sorte d’exclusivité.

Peut-être que certains d’entre vous se rappelle des juke-box vidéo que l’on trouvait dans les bars à cette époque…

2 Commentaires

  1. En 1985, j’arrivais à Clermont Ferrand, pour faire mon service militaire.
    C’est là, que pour la premiére fois, je découvrais ces juke boxes avec écrans.
    Je n’étais pas le seul campagnard a faire cette découverte. Ces machines étaient continuellement prises d’assaut . On écoutait tous les mémes choses.
    Il faut dire qu’au fin fond du périgord, on ne voyait pas ça …

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