Sae Eun Park, première étoile Sud-coréenne à briller à l’Opéra de Paris…

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PORTRAIT – Jeudi soir, à l’issue de la représentation de Roméo et Juliette à l’Opéra Bastille, la danseuse originaire de Séoul a décroché le prestigieux titre. Par Ariane Bavelier

Jamais encore Sae n’avait dansé Juliette. Et sa prise de rôle a été avancée de quelques jours. Germain Louvet qui devait assurer la première du ballet de Noureev s’est blessé lors d’une répétition sur scène ce week-end. Une entorse et trois à quatre semaines d’arrêt. Voilà les dates et les distributions chamboulées : la partenaire de Germain Louvet, Léonore Baulac dansera avec Guillaume Diop. Le jeune garçon qui n’est encore que quadrille doit travailler. Sae Eun Park relève le gant de la première avec Paul Marque. Elle est prête. Toujours prête. Cette jeune femme née au pays du matin calme en 1989 a un parcours étonnant et il ne faudrait pas réduire sa nomination à l’engagement de l’Opéra de Paris en faveur de la reconnaissance de la diversité qui lui fait inviter -et c’est tant mieux- son premier Roméo noir Osiel Gouneo, cubain à la technique prodigieuse, danseur principal au Bayerishes Staatsballet, et donner sa chance à Guillaume Diop qu’on n’attendait pas si tôt dans ce rôle, l’un des plus difficiles du répertoire.

Sae Eun Park est une étoile. Une étoile de porcelaine dure, comme il s’en fabrique dans son pays: sa danse est à la fois si fine qu’on y lit son âme au travers et si solide qu’elle peut marquer toutes les précisions. Elle a 31 ans. Son itinéraire impressionne. Par la combinaison de talent et d’engagement absolu qui l’ont dirigé vers la danse classique au plus au niveau, à l’autre bout de son pays natal. À quoi rêvent les petites filles de Séoul? À la danse classique. Tout le monde sait là-bas que ceux qui la pratiquent ont la grâce altière des grues demoiselles qui marchent dans les étangs à l’heure où le ciel glisse encore sur l’eau.

Grand Prix de Lausanne à 17 ans

La petite Sae commence la danse à 10 ans à l’Académie nationale de ballet de Corée. Elle tombe vite sous la houlette de Kim Sun-hee, professeure à l’Université des arts nationale de Corée (KNUA) qui a fait éclore toute une génération de danseurs coréens aujourd’hui dans les grandes compagnies du monde. Elle guide Sae Eun Park dans le cursus des concours qui permettra à la jeune femme de rejoindre l’Occident, là où sont implantées les grandes compagnies de danse classique. En 2006, Sae remporte la Médaille d’argent au Concours de Jackson (États-Unis), en 2007 la voilà Grand Prix de Lausanne. Le concours lui permet de rejoindre pour deux ans l’American Ballet II (New York). Elle danse des rôles de soliste : Allegro Brillante (Balanchine), Interplay (Robbins)…

De retour au pays en 2009, elle intègre la Compagnie nationale de ballet coréenne et se glisse cette fois dans les rôles du grand répertoire. Puis elle tente le concours de Varna. À ces jeux olympiques du ballet, elle décroche la médaille d’or en 2010. En 2011, elle entre Surnuméraire dans le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris. La montée des marches commence: en 2013, elle est Coryphée, couronnée par le Prix du Cercle Carpeaux en 2014 puis promue Sujet.

Elle danse de grands rôles. En Tétiana dans Onéguine, elle bouleverse. Suivent La Bayadère et Don Quichotte (Noureev), La Fille mal Gardée (Frederick Ashton), Sérénade (Balanchine) Giselle (d’après Jean Coralli et Jules Perrot), La Troisième Symphonie de Gustav Mahler (Neumeier), La Sylphide et Paquita (Lacotte)… Chaque fois, son lyrisme et sa technique font mouche. Les deux qualités qui marquent les grandes interprétations de Roméo et Juliette.
Sans doute était-ce le rôle idéal pour la nommer. À ses côtés Paul Marque, nommé avant Noel dans Bayadère, dansait pour la première fois avec son titre d’étoile devant un vrai public. Certains soirs, vraiment, la danse est une fête.

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