Cholestérol, pourquoi le grand mensonge perdure !

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par La rédaction de l’AIMSIB (Association Internationale pour une Médecine Scientifique Indépendante et Bienveillante | 23 Sep 2019 |

Cholestérol, pourquoi le grand mensonge perdure !

Bienvenu au Docteur Laurent Vercoustre, ancien Chef de Service à la Maternité du Havre, chroniqueur régulier dans la presse médicale française (1) et auteur prolixe (2). Il nous dévoile ici une facette inconnue de son personnage et sa recherche aussi patiente que méthodique s’agissant d’une problématique qui nous est chère depuis toujours à l’AIMSIB, la saga du cholestérol et le « traitement » de celui-ci. Pourtant atteint « d’hypercholestérolémie familiale » sa santé demeure absolument éclatante, par quel miracle? Bonne lecture.

C’est tout de même incroyable ce grand mensonge du cholestérol, pourquoi a-t-il à ce point la peau dure ! Les preuves scientifiques ne cessent de s’accumuler pour l’innocenter. En face des cholestérolo-sceptiques, la doxa académique oppose un argumentaire inexistant.

J’en ai fait moi-même l’expérience. C’était le premier mars 2017, j’ai adressé un mail à celui qu’on considère comme le pape du cholestérol en France. Je l’avais consulté, il y a bien longtemps pour mon cholestérol. J’ai en effet une hypercholestérolémie familiale. Il était encore un jeune chef de clinique un peu timide et sans doute intellectuellement honnête. Dans ce mail, j’ai joué les candides, je lui ai dit que j’étais complètement déboussolé par ce que disait Michel de Lorgeril sur le cholestérol et les statines, que je trouvais son argumentation solide et que l’émission d’Arte « Cholestérol le grand bluff » (3)  m’avait impressionné par sa qualité, je lui demandais de me présenter son argumentation car je considérais qu’il était la référence nationale sur le cholestérol. Voilà ce qu’il m’a répondu :

« L’émission dont vous parlez est un modèle de désinformation. Ce qui se passe sur les statines est équivalent à la polémique sur les vaccins. ».

Il m’a donc envoyé en tout et pour tout un seul article, un article du Lancet que je connaissais et qui tentait de redorer le blason des statines qui commençait à pâlir. J’ai récidivé 6 mois après, il m’a envoyé la même référence biblio, accompagné d’un autre article où il était mentionné une dizaine de conflits d’intérêt le concernant.  Incroyable disproportion entre l’argumentaire de celui qu’on présente comme la référence nationale sur le cholestérol et les ouvrages de Lorgeril et de Even qui font état de centaines de références bibliographiques. Pourquoi cet énorme décalage ne fait-il pas voler en éclat le dogme du cholestérol. On répondra parce qu’il est soutenu par Big Pharma et sa puissante logistique. J’oserai ici une approche en faisant à appel à l’épistémologie.

Les connaissances premières se révèlent toujours, après coup, des erreurs premières.  (Gaston Bachelard)

L’épistémologie c’est le nom que l’on donne à la philosophie quand elle s’occupe à réfléchir sur les sciences. Pour Gaston Bachelard, un des plus célèbres épistémologues français, les obstacles épistémologiques sont des représentations qui paraissent évidentes et qui, à certains moments, ont pu même être utiles mais qui finissent par bloquer la connaissance. Il faut bien voir que ces obstacles sont intérieurs à la pensée scientifique elle-même. Le savoir peut bloquer le savoir puisque la connaissance « est une lumière qui projette toujours ses propres ombres ». « L’expérience première est le premier des obstacles » Les connaissances premières se révèlent en effet toujours, après coup, des erreurs premières.

Le processus scientifique est un processus de « rectification indéfinie ». « Pas de vérité sans erreur rectifiée », autrement dit la science progresse par réforme de la science.

Dans l’expérience première, il y a un divorce entre le fait perçu et l’objet scientifique. Car l’expérience première dérive du sens commun qui cherche à tout comprendre à partir de quelques images simples et d’intuitions naïves. C’est précisément la façon même dont nous pouvons comprendre quelque chose qui nous empêche de le comprendre vraiment plus avant. Ce fut le cas pour le cholestérol.

Lorsqu’on a cherché le responsable de la grande épidémie d’infarctus qui a sévi aux USA au lendemain de la guerre, on a incriminé les graisses plutôt que les sucres malgré des travaux très convainquant sur le rôle des sucres dans les accidents coronariens.

Pourquoi a-t-on préféré les graisses ? Sans doute à cause des lobbies de l’industrie du sucre qui ont dissimulé ces études mais aussi d’une conception initiale simpliste qui est le « principe d’incorporation ». Ce principe dit que « nous sommes constitués de ce que nous mangeons« . Et puisque ce sont effectivement des lipides que nous voyons dans nos bedaines repues, il suffirait donc de les chasser de l’assiette pour, les faire disparaître… du miroir et des artères. Artères qu’elles bouchent de la même manière que les graisses bouchent l’évacuation de nos éviers. C’est précisément en ce qu’elle fait comprendre que l’image empêche d’en comprendre plus : l’image finit par dispenser d’explication supplémentaire sur un phénomène.

Les modèles de l’imagination qui interviennent dans la connaissance scientifique reposent aussi souvent sur les profondeurs de l’inconscient. La libération du savoir nécessite une véritable psychanalyse de la connaissance scientifique. Les graisses sont symboliques de bonne chair et d’opulence, ce qui cause une sorte de culpabilité inconsciente. Ainsi l’infarctus c’est la punition pour une nourriture trop riche !

L’éclairage de Foucault : la médecine du corps

Tout comme BachelardFoucault considère que le savoir ne progresse pas de manière continue.

Il connaît des ruptures épistémologiques. Ainsi Foucault a montré que l’histoire de la médecine constituée d’une succession de formations historiques, qui ont chacune leurs pratiques leurs structures de pensée. Nos structures de pensée se logent encore à l’intérieur de la pensée clinique dont on peut dater la naissance à la fin du 18e siècle. Avec la clinique est née la médecine scientifique. Et la clinique c’est avant tout la rencontre avec le corps du malade. Pour la première fois depuis des millénaires, les médecins libres enfin de théories et de chimères ont regardé le corps du malade. Dans l’expérience clinique, le corps du malade est observé pour lui-même.

Or je crois qu’on peut dire que sur les concepts de la clinique est venu se brancher l’extraordinaire développement des techniques médicales, tant chirurgicales que pharmaceutiques. Au début de ce XXIe siècle, notre santé est presqu’exclusivement entre les mains des technosciences médicales et en particulier de Big Pharma. Toute notre attention, tous nos efforts, restent focalisés sur le corps.

Or ces technosciences ne représentent pas la meilleure réponse au statut épidémiologique actuel dominée par les maladies chroniques qui sont essentiellement comportementales et environnementales. À cette médecine du corps, on peut opposer une médecine du milieu de vie, des conditions d’existence.

La théorie du cholestérol s’accorde avec cette médecine du corps, c’est en réglant le taux de cholestérol avec les médicaments que l’on prétend soigner le plus efficacement les maladies cardiovasculaires. Cette approche l’emporte sur les autres formes de prise en charge, alimentaire (régime méditerranéen), activité physique car elle correspond au formatage intellectuel des médecins.

Les médecins ne mentent pas délibérément en prescrivant des statines, ils sont dans l’incapacité de concevoir une médecine où le traitement médicamenteux n’occuperait pas la place principale.

La chirurgie baryatrique stigmatise l’impasse où se trouve aujourd’hui cette médecine du corps. La chirurgie baryatrique formate, en l’amputant, l’estomac des obèses pour répondre à une offre alimentaire surabondante prodiguée par l’industrie agroalimentaire. Nous adaptons le corps à un environnement pathogène plutôt que de soigner l’environnement.

L’ordre de la clinique et le pouvoir médical

La pensée clinique a conféré au médecin un prestige et un pouvoir considérable. Ainsi dans la médecine des espèces qui a précédé la pensée clinique, il devait se contenter d’un rôle d’arbitre entre la maladie et le malade. Notre médecine, qui procède encore largement de la pensée clinique, donne au médecin tous les pouvoirs. Et précisément la thèse du cholestérol fait fonctionner ce pouvoir:

C’est le médecin qui surveille les taux, c’est le médecin qui ajuste ces taux en prescrivant des médicaments. Il est le maître du traitement, bien plus il est aussi le maître de la norme.

Le cholestérol peut varier entre des limites très larges sans qu’aucun symptôme clinique ne se manifeste. C’est peut-être aussi une raison pour laquelle on a préféré incriminé le cholestérol plutôt que les sucres. La normalité de la glycémie se distribue dans un espace beaucoup plus resserré. En dessous du seuil c’est l’hypoglycémie au-dessus c’est le diabète.

Le choix du cholestérol a permis au médecin de faire varier la norme, en l’abaissant chaque fois qu’il avait à disposition un médicament hypocholestérolémiant plus puissant. Par ailleurs sans cette relation de pouvoir le patient attend tout de son médecin.

Ainsi le patient fait l’économie d’un effort de prise en charge de sa santé. Il préférera prendre un comprimé de statine plutôt que d’arrêter de fumer, de veiller à son alimentation ou encore de s’astreindre à un exercice physique régulier.

Il ne faut pas s’y tromper, c’est parce que la théorie du cholestérol fait du médecin le maître du jeu qu’elle trouve chez lui une approbation inconditionnelle. La théorie du cholestérol perdurera tant que le patient ne sera pas sorti de « son état de minorité », selon les mots du philosophe Kant. Ceci suppose tout un bouleversement dans la relation médecin-patient.

Il faut qu’advienne un patient responsable ou encore artisan de sa santé. Ce qui n’est pas une mince affaire car les représentations de la santé forgées tout au long du XXe siècle nous ont dépossédés de l’idée que notre santé dépend avant tout de nous-mêmes.

La santé est devenue un droit que nous revendiquons auprès de l’État providence. Nous comptons plus sur les prodiges de la technique que sur nous-mêmes pour préserver notre santé.

Notre monde moderne a fait de la santé un grand marché économique et nous a réduit au rôle de consommateurs.

Sources et annexes:
(1) « Focale », blog apparaissant dans « Le Quotidien du Médecin »
(2) Du même auteur:
-« Faut-il supprimer les hôpitaux? » L’hôpital au feu de Michel Foucault, Ed. L’Harmattan 2009.
-« Greg House et moi simple praticien hospitalier », Ed. L’Harmattan 2014.
-« Naître à la maison, d’hier et d’aujourd’hui ». Ouvrage collaboratif sous la direction de Marie-France-Morel, Ed. érès, 2016.
-« Réformer la santé, la leçon de Michel Foucault« , à paraître fin octobre 2019 aux Ed. Ovadia.
(3) « Cholestérol, le grand bluff », Anne Georget, http://www.filmsdocumentaires.com/films/4794-cholesterol-le-grand-bluff

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