Elisa : on ne peut plus se taire.

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Nous vous présentons un article de Claude Lefevre concernant l’affaire Elisa.

Par: [email protected]

Page facebook de Soutien à Elisa Pilarski

Elisa était une jeune femme de 29 ans, enceinte de plusieurs mois. La semaine dernière, elle promenait son chien, Curtis, dans une forêt de l’Aisne. Le corps d’Elisa a été retrouvé criblé de morsures. Visiblement, elle avait été attaquée par une meute de chiens. Son chien, Curtis, avait aussi été mordu. Lui était encore vivant. C’est un drame incommensurable. Nous ne pouvons même pas imaginer la tristesse, la colère, et l’accablement de sa famille. Elisa, comme n’importe qui d’entre nous, promenait son chien en forêt. Une forêt où se déroulait, au même moment, une chasse à courre.

Un regard scientifique sur un évènement tragique : qu’est-il réellement arrivé à Elisa ?

Je ne suis ni comportementaliste canin, ni vétérinaire, ni journaliste d’investigation.
Par respect pour Elisa et sa famille, je ne souhaitais pas me prononcer sur ces évènements tragiques, qui ont déjà assez fait parler d’eux.
Mais aujourd’hui, l’enquête soulève d’énormes problématiques et laisse la réponse aux pires incompétents. L’enquête commence à prendre un tournant qui me dégoûte au plus profond de moi-même. Étant actif dans le monde canin, je me sens obligé de rétablir un peu l’équilibre.

J’ai longuement parlé de cette histoire avec différents comportementalistes.
Beaucoup ont travaillé avec des meutes de chiens dont la race était sélectionnée pour la chasse. D’autres sont spécialisés dans les chiens catégorisés. Leur vision sur l’enquête est unanime.
Aujourd’hui, je vous partage cette vision scientifique. Je ne vais pas me baser sur tel ou tel témoignage témoignages qui évoluent en fonction de la pression des médias, de la police, et d’autres intervenants que nous ne connaîtrons peut-être jamais.
Aujourd’hui, j’analyse avec vous ces faits, cette enquête, d’un point de vue rationnel. Du point de vue de quelqu’un réellement investi dans le monde canin.

« Quel chien serait capable de s’attaquer ainsi à un humain ? » – la réponse de VRAIS comportementalistes.

Les résultats de l’autopsie sont formels : Elisa est décédée d’une hémorragie consécutive à « plusieurs morsures de chiens »1 . Je dis bien « chiens » au pluriel. Ses vêtements étaient complètement déchiquetés. Elle avait été mordue aux bras, aux jambes, à la tête…
Cela exclue donc que ce soit uniquement Curtis, son chien à elle, qui l’ai attaqué.
D’abord, parce qu’un chien attaquant ainsi sa maîtresse, en la mordant à plusieurs endroits, soyons honnête c’est du jamais vu. Mais ensuite, parce que l’autopsie a bien confirmé qu’il s’agissait d’une meute de chiens. Pas d’un chien unique. Il nous reste donc deux possibilités.
Soit il s’agit d’une meute de chiens sauvages, soit il s’agit d’une meute de chiens de chasse celle qui était justement utilisée le jour même pour une partie de chasse à courre.

Chien, Troupeau, Des Animaux, Animal De Compagnie
Pixabay

Analysons la première option. Il faudrait alors conclure qu’une meute de chiens sauvages et sanguinaires erre dans les forêts de l’Aisne, à la recherche d’un promeneur pour se nourrir. Cela vous paraît insensé ? Moi aussi, et pour deux raisons. D’abord, parce qu’à mon humble avis, si des chiens mangeurs d’humains se promenaient en meute, on en aurait entendu parler et la SPA aurait déjà fait son travail. Si nous étions en Inde, ou dans un autre pays où les chiens errants sont chose commune, pourquoi pas. Mais en France, les meutes de chiens sauvages qui se nourrissent d’humains, ça n’existe pas.


Ensuite, parce que les quelques chiens errants qui survivent en France ne vivent pas dans les bois. Ils préfèrent les villes, où ils peuvent plus facilement se nourrir de déchets, poubelles, et restes qu’ils trouvent ici et là sur les trottoirs. C’est bien plus simple que de « chasser » des humains en forêt.
Reste donc la seconde option : il s’agit de la meute de chiens qui était utilisée ce jour-là à l’occasion d’une chasse à courre.
Mais voilà : des prélèvements ADN ont été effectués sur 93 chiens ceux d’Elisa, mais aussi ceux de la vénerie (chenil de chasse). Aucun de ces tests n’étaient concluants.
Faut-il pour autant exclure la responsabilité des chasseurs ? Pas avant de comprendre ce qui se passe réellement dans les véneries et élevages de chasse.

Les chiens de chasse sont des outils : on les stocke, et quand ils ne marchent plus, on les jette.

Il y a quelques mois, l’association OneVoice a publié une vidéo qui dénonce les conditions de détention des chiens de chasse, dans les élevages et les véneries2 .
Les images sont tout à fait abominables. Je cite l’association : « certains sont à l’attache dans la boue, d’autres enfermés avec leurs chiots dans des fourgonnettes, d’autres encore séquestrés dans des locaux insalubres, quand ils ne sont pas confinés dans des cages de transport ». Les plus faibles succombent. Les autres, affamés, dévorent leurs cadavres. Je n’invente rien, ce sont les images qu’on peut voir dans la vidéo. Bien que choquantes, ces images sont en fait habituelles dans le milieu de la chasse. Pas besoin de nourrir les chiens correctement de les réchauffer l’hiver, de les soigner quand ils sont malades. Pas besoin non plus de les identifier, étant donné le laxisme des contrôles.

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D’abord, beaucoup de chasseurs n’ont que faire du bien-être de leur chien. Pour beaucoup, leur meute est un outil de travail. Enfermée dans un chenil toute l’année, été comme hiver, et sortie uniquement pour la chasse.

Chiens De Chasse, Chasse, Meute, Chasse À Courre
Pixabay


Quel lien avec l’homicide d’Elisa ?

Pour l’instant, nous n’avons aucune preuve que des chasseurs soient coupables.
Mais supposons. Supposons qu’il s’agissait bien d’une meute de chiens de chasse.
Une meute sous la responsabilité de quelques chasseurs.
On peut se demander si tous les chiens ayant participé à la chasse étaient pucés. Il est facile, lors des contrôles ADN, de présenter une meute de chiens qui n’est pas sortie du chenil depuis plus d’une semaine. Aucun de ces chiens n’est suivi!

Et que faire des chiens ayant participé à la chasse ce jour-là ? Des chiens qui sont affamés, surexcités, malmenés ? Des chiens qui, dans l’excitation générale, auraient pu s’attaquer à une jeune femme ? Que faire de ces quelques chiens pour qu’on ne lie pas les chasseurs à l’homicide ? Je vous laisse l’imaginer.

Mais une meute de chiens susceptibles de s’attaquer à un humain, c’est impensable !

Sur les réseaux sociaux, tout le monde s’indigne. Les chasseurs sont évidemment pointés du doigt. La coïncidence est trop grande.
Ces derniers s’offusquent. « Une meute de chiens, bien dressés pour la chasse, ne pourrait jamais s’attaquer à un humain, c’est impensable ! »
J’ai eu l’occasion de parler de cela avec Sara Garcia Galan, comportementaliste chez Think Dog3. Sara a régulièrement l’occasion de travailler avec une meute de Beagles d’un excellent élevage. L’élevage en question n’éduque pas ses Beagles pour faire de la chasse. Ce sont des chiens de compagnie. Néanmoins, l’instinct de prédation est bien présent.
Sara m’explique que les chiens, et notamment les chiens de chasse, montent très vite en excitation lorsqu’ils sont en meute. C’est particulièrement le cas quand on les énerve, on les stimule – par exemple à l’occasion d’une chasse à courre.
Tous les animaux sont alors à cran. Il faut absolument attraper une proie. C’est la course à qui mordra le premier. Le moindre petit bruit, mouvement, éveille leurs sens. Normal : une semaine avant la chasse, on les affame, pour les rendre plus vifs. Ainsi, il n’est pas rare qu’une meute de chiens, sous l’excitation, s’attaque à une personne – bien que jusqu’à maintenant,cela ne se soit jamais terminé de manière aussi tragique qu’avec Elisa.

Le Staff, encore une fois condamné pour «délit de sale gueule»

L’image contient peut-être : chien, plein air et nature
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La semaine dernière, les médias ont longuement remué l’affaire. On a pu y entendre des énormités absolument honteuses.
D’abord, toute la presse écrite insiste lourdement sur le fait que Curtis, le chien d’Elisa, est un chien catégorisé. Pour n’en citer qu’un : l’article de bfmtv, qui reprend les propos du directeur de communication de la société de vénerie (bravo l’impartialité !). Vous pourrez y lire des propos charmants comme « Elisa Pilarski promenait son chien Curtis, un American Staff, un chien de combat. » 4 Curtis pratiquait-il le combat de chien ? Bien sûr que non. Donc, a fortiori ce n’est pas un chien de combat.

Inutile d’insinuer que c’est lui qui a tué sa maîtresse.
C’est honteux, ridicule, et personne ne sera dupe. Autre exemple, l’émission « Les Grandes Gueules » sur RMC5 a fait intervenir un soi-disant comportementaliste de la SCC (la Société Centrale Canine). Ce dernier s’est prononcé sur l’affaire, en soulignant bien qu’Elisa était propriétaire de 5 Staff. Ce dernier a d’ailleurs décrit, lors de cet interview, les American Staff de la manière suivante : « Ces chiens sont particulièrement connus pour leur agressivité dans
leur comportement interspécifique » c’est-à-dire envers les autres espèces.

Comme l’Homme, par exemple. Ce « comportementaliste » (qui n’en est pas un), s’appelle Vincent, mais il n’a pas dévoilé son nom de famille. Normal, selon Sandra Delorme, éleveuse reconnue et experte en éducation canine. Cette dernière trouve qu’il est honteux qu’un juge de la SCC, stigmatise ainsi une race. Et elle a bien raison. La SCC est sensée promouvoir chaque race, sans discrimination – et là, en sous-entendant que les Staff sont des monstres sanguinaires capables de manger leur propre maître, elle fait exactement le contraire.

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Encore une fois, les chiens catégorisés sont condamnés pour « délit de sale gueule», et les chasseurs s’en tirent très bien. Comme quoi, le lobby de la chasse est également présent au sein de la SCC…

Chasse à courre : des participants très (trop ?) haut placés

Justement, parlons-en du lobby de la chasse. Les dernières évolutions du droit des chasseurs laissent penser qu’il est bien plus présent qu’on ne le croit. Et c’est problématique, cette affaire. La chasse à courre n’est pas une activité pratiquée par n’importe qui. C’est un sport réservé aux plus fortunés. Notaires ; médecins ;avocats… et, comble du comble, au commandant du groupement de la gendarmerie de l’Aisne, qui participait à la chasse ce jour-là.
Est-ce que cela nuit au développement de l’enquête ? Est-ce pour cela
qu’aujourd’hui les médias laissent uniquement la parole aux chasseurs ? Cela explique-t-il le revirement total de la presse écrite, qui en début de semaine, soupçonnait la chasse à courre, pour ensuite faire marche arrière ? J’espère que l’enquête sera menée avec assez de recul et de bon sens pour nous le dire.

Non, on ne peut pas assurer à 100% que des chasseurs sont en cause dans l’homicide d’Elisa.

Il faut attendre les résultats de l’enquête avant de désigner un coupable.

Mais si on résume :

· Elisa a été attaquée par une meute de chiens – pas un seul chien (donc il ne s’agit pas de son Staff).

· Il est très, TRÈS peu probable qu’il s’agisse d’une meute de chiens sauvage et sanguinaire, qui se balade librement dans une forêt de l’Aisne.

· Exactement à ce moment-là se déroulait une chasse à courre à laquelle participait le commandant du groupement de gendarmerie de l’Aisne.

Je vous laisse en conclure ce que vous souhaitez. Pour ma part, j’attends les résultats de l’enquête en espérant que la piste des chasseurs sera étudiée avec une extrême vigilance.

Je conclurai simplement cette lettre en partageant ma compassion pour la famille d’Elisa. En lui rendant hommage, elle avait recueilli 5 chiens chez elle. Elle ne méritait pas de partir ainsi.

Amicalement,

Claude Lefevre et mes 3 chiens, Pénélope, Maki et Merlin.

  • 1https://www.lepoint.fr/faits-divers/femme-enceinte-tuee-par-des-chiens-dans-l-aisne-ce-que-l-on-sait-22-11-2019-2349003_2627.php
  • 2https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/dordogne/perigord/dordogne-video-choc-association-one-voice-chenil-chiens-chasse-1717249.html
  • 3https://think-dog.com/
  • 4https://rmc.bfmtv.com/emission/femme-tuee-en-picardie-aucun-des-chiens-de-chasse-implique-affirme-la-societe-de-venerie-1810860.html?fbclid=IwAR07nrMf5H7n5LeCwgUKhlrfHA8589GZG1dZTCem9cnb4lIC6Kuio93cFng
  • 5https://www.facebook.com/GGRMC/videos/413822939572644/?v=413822939572644

3 Commentaires

  1. Bjr, très bon article de Pascale. Mais quelques infos de plus sur cette association devraient également être communiquées. Déjà le nom de l’assoc : https://www.youtube.com/watch?v=nwMR6-7FN9M
    Dont le boss serait un certain Alain Drash, fils de …… la baronne Monique de Rothschild
    Je déteste les chasses à courre et plus particulièrement celles qui se font de nuit

  2. Bonjour,
    Belle analyse, de plus la meute qui l’a attaquée n’est peut être pas celle du Rallye de la passion, ces meutes sont parfois aussi constituées par des groupes de 5 6 qui sont joint à la meute pour chasser , ils sont à une autre personne qui a pu les dégager ni vu ni connu, les chasseurs doivent le savoir. Quelle tristesse

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