Hauts-de-France : Les radars ornithologiques des chasseurs posent question…

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Un chasseur (illustration). — Vincent Wartner / 20 Minutes

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BIODIVERSITE Au lendemain du premier tour de l’élection régionale dans les Hauts-de-France, le Groupe Ornithologique du Nord pointe du doigt l’inefficacité des radars achetés par les chasseurs grâce à des subventions de la région Sarah Khelifi

Publié le 21/06/21 à 18h30 — Mis à jour le 21/06/2021

  • La biodiversité : une compétence de la région qui permet de subventionner la chasse.
  • Deux radars achetés par la Fédération régionale de la chasse ont ainsi été en grande partie financés par la région.
  • Défenseurs des oiseaux et chasseurs s’opposent sur l’utilisation qui est faite de ces appareils coûteux.

Les Hauts-de-France sont la quatrième région qui compte le plus de chasseurs. Un réservoir potentiel de voix chouchouté par la majorité régionale. Et alors que le président sortant, Xavier Bertrand, sort grand favori du premier tour de l’élection régionale, le Groupe Ornithologique du Nord (GON) a glissé dans sa chaussure un petit caillou : la subvention régionale perçue la Fédération régionale des chasseurs (FRC) pour financer deux radars ornithologiques.

Une interprétation des compétences

L’histoire commence en 2017, lorsque le conseil régional subventionne un radar « ornithologique » à la FRC à hauteur de 70 % des frais. « Dans notre région, ce sont les chasseurs qui ont voix au chapitre sur la biodiversité. Or, pour eux, la biodiversité, c’est la chasse », insiste Alain Nassens, vice-président du GON. Pour la région, il ne s’agit pas de financer la chasse : « Nous ne faisons que supporter des conventions suite à des appels à projets. La région a des responsabilités concernant la sensibilisation à la biodiversité. Or, les chasseurs ont une bonne culture de ces enjeux et sont partout », rétorque Christophe Coulon, vice-président du Conseil régional en charge de l’apprentissage et de l’artisanat.

Comme l’expliquent Christophe Coulon et le GON, l’inscription en 2015 de l’environnement comme compétence des régions a permis aux Hauts-de-France de soutenir le monde de la chasse en tant qu’acteur de la biodiversité. Un soutien qui se chiffre à 1,26 million d’euros de budget alloué en six ans aux chasseurs. Les directives sur la pratique de la chasse sont, elles, des prérogatives de l’Etat et du département.

Des radars controversés

C’est dans cette optique que, le 1er juin 2017, un premier radar « ornithologique » est subventionné à hauteur de 226.210 euros par la région pour la FDC. L’appareil doit permettre de protéger la biodiversité en repérant à trois kilomètres du sol les migrations des oiseaux. « Nous avons décidé de proposer aux chasseurs de s’en occuper car ils ont un réseau et des personnes qualifiées. Ils ont ensuite émis des résultats transmis aux collectifs le désirant, comme le GON », explique l’élu.

Alain Nassens, lui, dresse un constat peu reluisant de ces faits scientifiques. « Pour nous faire accepter ce projet, on nous a promis une restitution de données le 19 avril 2019. Ce n’est qu’en août 2020, après de nombreuses relances, qu’on a eu des résultats décevants. » Sur environ 700.000 captures, 85 % n’ont pas pu être identifiées et 15 % avaient des identifications « non-scientifiques et imprécises ». Le retard, Christophe Coulon, l’explique par la maladie de la personne en charge des analyses. Sur la qualité scientifique des résultats, il concède ne pas savoir.

Guerre d’intérêt ou guerre d’ego ?

C’est l’ISNEA, un institut soutenu par des chasseurs, qui a analysé les résultats. Impossible donc, pour Alain Nassens, de compter sur une objectivité scientifique. Le GON estime en revanche que l’intérêt des chasseurs est au beau fixe. « Savoir s’il y a plus ou moins de passage leur permet de rééquilibrer leur chasse et d’avoir des prétextes pour chasser plus. L’utilisation du radar n’est pas bonne. C’est devenu un radar de chasse », déplore-t-il.

Pourtant, un nouveau radar est annoncé le 2 juillet 2019. « On ne sait toujours pas s’il est utilisé. Mais si les résultats sont pareils qu’avec le premier ça n’en vaut pas la peine : on n’améliore pas notre connaissance de l’environnement », insiste Alain Nassens. « C’est débats scientifiques contre débats scientifiques, élude Christophe Coulon. Nous faisons confiance aux chasseurs, avec un appareil qui fait des analyses que des yeux humains ne pourraient pas. Alors s’il faut le continuer ainsi, on continue », martèle-t-il.

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