Les mensonges de Rouen / Lubrizol : Réponses sélectives et paradoxes systématiques

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(Langue de bois et patate chaude)

Dès le 26 septembre 2019, au lendemain de l’incendie, le préfet de Seine-Maritime Pierre-André Durand a donné des précisions sur l’ampleur de l’incendie et ses conséquences. Les jours suivants, les informations seront distillées au compte-goutte à la presse…

Parmi les informations officielles apportées, on notera un certain nombre de paradoxes qui rendent compréhensible la colère des Rouennais, mais également une forme de mensonge difficile à détecter par les non-initiés : la réponse sélective.

Le mensonge par réponse sélective

Il s’agit d’une variante du mensonge par omission qui peut être « aggravée » par un jeu sur les mots ou le fait de poser à la fois les questions (ou de les remanier) et d’y répondre.

La réponse sélective brute

Au sujet de l’incendie de l’usine Lubrizol, le préfet de Seine-Maritime nous donne un magnifique exemple de réponse sélective. À la question « quels sont les dangers ? » il répond plusieurs choses et chaque réponse est non seulement sélective, mais n’apporte aucun élément concret sur le sujet de la question « les dangers » :

« Les recommandations de l’Agence régionale de santé consistent en un lavage des mains en cas de contact avec cette matière ».

  • Quelle matière ? Et quid des autres parties du corps ?

« S’il y a des cultures, il faut bien laver fruits et légumes ».

  • Quid des élevages par exemple ? (Ou des animaux de compagnie).

« […] la fumée ne présente pas de toxicité aiguë, selon les premières analyses effectuées sur place ».

  • Pas de toxicité aiguë, mais quid de la toxicité toute cour ?

Ce qui fait que l’on n’a pas l’impression de faire face à une réponse mensongère c’est que l’interlocuteur prend la parole en évoquant un sujet connexe à la question : il répond ! Il donne donc l’impression d’apporter une réponse à la question posée.

Mais en y réfléchissant un instant on se rend vite compte que s’il sait donner des informations pratiques sur le comprenant à tenir, c’est qu’il doit connaitre les dangers qui existent réellement dans ce contexte.

La réponse sélective avec jeu sur les mots

Quand le préfet affirme que « la fumée ne présente pas de toxicité aiguë » il rajoute le mot « Aiguë » pour contraindre délibérément la possibilité qu’il a de nier l’existence d’une toxicité. En effet, il aurait été difficile de croire qu’il n’y a pas de toxicité s’il faut se laver les mains et laver les fruits et légumes, mais la restriction du contexte apporté par le mot « Aiguë » permet de dire une phrase qui contient la négation de la toxicité.

Peu de personnes sont capables de ce type de réponse sélective jouant sur les mots. On se rappellera toutefois un exemple historique qui sert de cas d’école dans les écoles de psychologie :

  • Bill Clinton : « je n’ai pas eu de relation sexuelle avec cette femme… c’est elle qui m’a s… »

Les paradoxes

Dans les jours qui suivent, on apprend l’interdiction de la commercialisation des récoltes et des élevages… Les autorités surenchérissent en annonçant que les agriculteurs et les éleveurs seront indemnisés.

Il n’est pas difficile de comprendre que si les végétaux et les animaux sont touchés (par un danger qui n’est toujours pas défini…), il n’y a pas de raison pour que les humains ne le soient pas !

Néanmoins, aucune consigne particulière en dehors du lavage des mains n’est donnée.

Plus tard on apprend l’inquiétude des autorités quant à la possible contamination des eaux de la seine… Là encore, étonnamment, l’eau du robinet reste potable…

D’après la préfecture, la récolte des cultures et des denrées alimentaires d’origine animale est interdite dans une centaine de communes en raison des retombées de suie occasionnées par le nuage.

Il semblerait que ces suies ne tombent pas sur les humains… sans doute par le même effet miraculeux qui a empêché en son temps le nuage radioactif provenant de Chernobyl de traverser les frontières.

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