Rêves Européens vs Migration de Masse

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par Giulio Meotti
8 septembre 2019

Traduction du texte original: European Dreams vs. Mass Migration

https://fr.gatestoneinstitute.org/14842/europe-migration-masse

  • Malheureusement, le parti pris par l’Europe a été de nier la réalité, comme si dresser le constat s’avérait trop insupportable.
  • En Europe, les jeunes ont une vision marxiste de l’existence. Ils croient que le succès et la réussite se font toujours aux dépens de l’humanité : « Si je gagne, c’est qu’un autre a perdu ». Le « win-win » – « si je gagne, vous pouvez gagner aussi : tout le monde peut gagner ! » – qui sous-tend l’économie de marché, n’existe pas. C’est pourtant cette économie de marché qui a sorti de façon si spectaculaire, une grande partie du monde de la pauvreté.
  • Le dénigrement de soi… si répandu aujourd’hui doit être rejeté. L’Europe semble sceptique sur son avenir, comme si le déclin de l’Occident était une punition justifiée et une absolution pour les fautes du passé … « Pour moi, aujourd’hui, note Alain Finkielkraut, la civilisation européenne est la chose la plus essentielle ».

L’Europe se positionne aujourd’hui comme l’avant-garde d’une humanité unie. Une postule qui met en péril ses racines culturelles. Selon Pierre Manent, politologue français de renom et professeur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris :

« L’orgueil européen ou la conscience de soi européenne dépend pour ainsi dire du rejet de l’histoire européenne et de la civilisation européenne ! (…) On ne veut rien avoir affaire avec les racines chrétiennes et l’on tient absolument à être parfaitement accueillant avec l’islam ».

Dans un entretien accordé au mensuel français Causeur, Manent a cité en exemple, le cas de la Turquie :

« Il était très clair que non seulement le caractère massivement islamique (même avant Erdogan) n’était pas un obstacle mais était en quelque sorte un motif, une raison de faire venir la Turquie. Cela aurait été enfin la preuve définitive que l’Europe s’était détachée, s’était libérée de sa dépendance chrétienne ».

La frontière méridionale de l’Europe représente la ligne de front de cette migration de masse ; l’Italie risque de devenir ce camp de réfugiés. Au cours des derniers mois, une succession de bateaux en provenance d’Afrique ont contesté la politiquemigratoire de l’Italie : d’abord le Sea Watch 3, ensuite l’Open Arms et enfin l’Ocean Viking. Jusqu’aux élections italiennes de mars 2018, 200 000 migrants traversaientla Méditerranée chaque année.

Faute d’accord entre ministres européens de l’intérieur sur la crise des réfugiés en Méditerranée, le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, a pris la décision de fermer les ports italiens. Bien qu’un tribunal italien ait tenté de le mettre en examen pour « kidnapping » de migrants, la politique de Salvini a fonctionné et les accostages ont chuté. Au cours des deux premiers mois de 2019, 262 migrants ont accosté en Italie, contre 5 200 au cours de la même période de l’année dernière et plus de 13 000 au cours de la même période en 2017.

Le gouvernement italien s’est effondré le 20 août ; le risque est grand de voir se former une coalition gouvernementale de gauche pro-immigration. Un navire qui a tenté d’amener en Italie 356 migrants africains recueillis entre le 9 et le 12 août, est aujourd’hui bloqué en mer, faute d’autorisation. Son nombre de « passagers » est plus important que le nombre de migrants débarqués au cours des deux premiers mois. Tentative après tentative, les ONG tentent de briser la barrière dressée par Salvini contre l’immigration clandestine.

Un navire l’a déjà fait. Une des capitaines du Sea Watch 3, une allemande, Pia Klemp, a même été médaillée par la ville de Paris pour avoir brisé le blocus italien. L’autre capitaine allemande, Carola Rackete, a déclaré : « Ma vie était facile … Je suis blanche, allemande, née dans un pays riche et avec le bon passeport » – liant ainsi sa détermination à venir en aide aux migrants aux conditions de vie privilégiées qui sont les siennes en Occident.

Les jeunes Européens sont tout entier pénétrés d’une idée marxiste fausse selon laquelle, la réussite s’opère toujours au détriment de l’humanité : « Si je gagne, quelqu’un d’autre a forcément perdu ». Le « win-win » – « si je gagne, tout le monde peut gagner : chacun peut gagner aussi ! » – n’existe pas. Or, c’est le win-win qui sous-tend l’économie de marché, laquelle a aidé une partie spectaculaire de l’humanité à sortir de la pauvreté. Nombre de jeunes ne pensent qu’en fonction des obstacles qu’il conviendrait d’éliminer. Pascal Bruckner a appelé ce phénomène « la tyrannie de la culpabilité ».

Malheureusement, l’empreinte du relativisme culturel est devenue douloureusement visible en Europe. La désintégration des États-nations occidentaux s’avère un risque réel. Le multiculturalisme – qui s’opère sur fond de déclin démographique, de déchristianisation massive et d’auto-répudiation culturelle – n’est tout au plus qu’une phase de transition menant à la fragmentation de l’Occident. Parmi les causes, l’historien David Engels a cité « les migrations de masse, le vieillissement de la population, l’islamisation et la dissolution des États-nations ».

La migration de masse a déjà sapé l’unité et la solidarité des sociétés occidentales et, combinée à la diabolisation d’Israël dans l’espoir d’obtenir du pétrole bon marché et de prévenir le terrorisme, a déstabilisé le consensus politique d’après 1945.

La politique de frontières ouvertes de la chancelière allemande Angela Merkel – « Wir schaffen das » (« Nous pouvons le faire ») – a amené l’entrée d’un parti de droite au Bundestag. Alternative pour l’Allemagne (AfD) est désormais en tête des scrutins lors des élections régionales dans l’ancienne Allemagne de l’Est. Le parti socialiste français, qui dirigeait le pays sous le président François Hollande, est en voie de désintégration. Les diktats de Bruxelles sur l’immigration et les quotas ont brisé l’unité de l’Europe et ont abouti à la « sécession » virtuelle des pays du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie). L’utopie migratoire en Suède a propulsé un parti populiste de droite au Parlement et l’arrivée d’un demi-million d’immigrés clandestins a propulsé la Ligue de Matteo Salvini, un parti autrefois marginal, au sommet de la classe politique italienne.

Cette liste n’inclut même pas le Brexit. Le journaliste allemand Jochen Bittner, a écrit dans le New York Times l’année dernière:

« Fin 2015, la campagne pour la sortie de l’Union européenne a commencé avec des affiches montrant les réfugiés en provenance de Syrie et d’autres pays, cheminant à travers les Balkans. Ces affiches portaient les slogans « Le point de non-retour est atteint » et « Reprenons le contrôle ». La politique de frontières ouvertes de Mme Merkel a fait le reste : le message a inquiété des millions de Britanniques et d’Européens. A ce moment-là, et ce n’est pas un hasard, le soutien au Brexit a commencé à faire son chemin ».

Au lieu de pleurer tout le temps sur le « populisme » et le « nationalisme », l’Europe ne ferait-elle pas mieux de repenser ses choix ?

Cette Europe qui, après la chute du mur de Berlin en 1989, avait promis la fin des barrières, voit les murs s’ériger l’un après l’autre contre une situation sans précédent. Il y a la barrière espagnole de 15 mètres à Ceuta et Melilla ; le mur hongrois du Premier ministre Viktor Orbán; un autre à Calais en France ; une clôture autrichienne à la frontière avec l’Italie ; une autre clôture à venir entre la Slovénie et la Croatie et la clôture de la Macédoine du Nord avec la Grèce.

Que cela plaise ou non, les flux migratoires génèrent une forte insécurité culturelle dans toute l’Europe. La pression migratoire illégale n’est pas seule en cause ; il y a aussi une pression de l’immigration légale. Plus de 100 000 personnes ont demandé l’asile en France en 2017, un chiffre « record », et plus de 123 000 demandes ont été déposées en 2018. L’Allemagne a enregistré de son côté 200 000 demandes d’asile en 2018.

Cette immigration de masse modifie en profondeur la composition de la population européenne. À Anvers, deuxième ville de Belgique et capitale de la Flandre, la moitié des enfants des écoles élémentaires sont musulmans. Dans la région de Bruxelles, le changement démographique se remarque au taux de présence dans les cours de religion pour les élèves du primaire et du secondaire : 15,6% des élèves suivent le catéchisme catholique ; 4,3% suivent un enseignement protestant et orthodoxe ; 0,2% suivent des cours du judaïsme, et 51,4% fréquentent un cours de religion islamique (12,8% aussi assistent à des cours « d’éthique » laïque). L’avenir proche de la capitale de l’Union européenne est-il maintenant plus clair ? Il ne faudra pas être surpris si l’immigration passe en tête de liste des préoccupations de la population belge.

Marseille, deuxième plus grande ville de France, est déjà musulmane à 25%. Rotterdam, deuxième plus grande ville des Pays-Bas, est musulmane à 20%. Birmingham , deuxième plus grande ville de Grande-Bretagne, est musulmane à 27%. On estime que dans une génération, un tiers des citoyens de Vienne seront musulmans. « La situation de la Suède est plus particulière encore », a observéChristopher Caldwell. Selon le Centre de recherche Pew, le tiers (30%) de la population suédoise pourrait être à musulman d’ici 2050 ; cette même population ne serait musulmane qu’à 21% si, cas peu probable, le flux migratoire cessait complètement. Aujourd’hui, 30% des bébés suédois ont des mères nées à l’étranger. La ville de Leicester au Royaume-Uni est à 20% musulmane. À Luton, sur 200 000 habitants, 50 000 sont musulmans. La majeure partie de la croissance démographique en France entre 2011 et 2016 a été tirée par les grandes zones urbaines du pays. Selon une étude publiée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), Lyon, Toulouse, Bordeaux et la région parisienne tirent la croissance démographique. Lyon compte environ 150 000 musulmans sur 400 000 habitants. Selon BFMTV, 18% des nouveau-nés en France portent un prénom musulman ; ils n’étaient que 1% dans les années 1960.

Dans le scénario le plus extrême, les pourcentages de musulmans en Europe en 2050 seront les suivants: France (18%), Royaume-Uni (17,2%), Pays-Bas (15,2%), Belgique (18,2%), Italie (14,1%), Allemagne (19,7%), Autriche (19,9%) et Norvège (17%). 2050 c’est la ligne juste au-dessus de l’horizon. Dans deux ou trois générations, la prédiction de feu-l ‘historien Bernard Lewis, que « tôt ou tard » l’Europe deviendra islamique, sera-t-elle réalisée ?

Malheureusement, les Européens pratique le déni de réalité, comme si l’affaire était trop grave pour en parler. « La progression imparable de ce système me fait penser à un thé à bord du Titanic », écrit le philosophe français Alain Finkielkraut .

« Ce n’est pas en fermant les yeux que la tragédie sera évitée. Quel sera le visage de la France dans cinquante ans ? A quoi ressembleront Mulhouse, Roubaix, Nantes, Angers, Toulouse, Tarascon, Marseille et le département de Seine Saint-Denis ? »

Si la population change, la culture suit. Comme Éric Zemmour le souligne, « après un certain nombre, la quantité devient la qualité ».

Alors que la falaise du christianisme européen s’effrite avec l’affaissement démographique et culturel, l’Islam progresse à pas de géant. Ce n’est pas seulement une question d’immigration et de natalité ; c’est aussi une problème d’influence. « En septembre 2002, j’ai participé à une réunion des centres culturels des principaux États membres de l’Union européenne à Bruxelles », a écritl’intellectuel germano-syrien Bassam Tibi, professeur émérite de relations internationales à l’université de Göttingen .

« La conférence avait pour thème « Penser l’Europe », mais elle était intitulée « l’Islam en Europe ». J’ai été troublé d’entendre Tariq Ramadan parler de l’Europe en tant que dar al-Shahada, c’est à-dire la terre de la croyance islamique. Le public présent en a été alarmé, mais n’a pas parfaitement perçu la réalité du message islamiste décrivant l’Europe comme une partie de la maison de l’islam. Si l’Europe n’est plus perçue comme dar al-Harb/terre de guerre, mais comme une partie de la maison pacifique de l’islam, il ne faut pas y voir un signe de modération, comme certains l’ont cru : ​​ c’est bel et bien d’islamisation de l’Europe dont il est question … »

La bonne nouvelle est que rien n’est gravé dans le marbre. Les Européens peuvent toujours décider du nombre d’immigrants dont leur société a besoin. Ils peuvent mettre en place une solution cohérente plutôt que chaotique. Ils pourraient aussi redécouvrir leur héritage humaniste, ou recommencer à avoir des enfants et lancer un véritable programme d’intégration pour les immigrés déjà présents en Europe. Mais aucune de ces étapes qui permettraient d’éviter la transformation et la décomposition de pans entiers du continent européen, n’est en cours.

Il faut porter une oreille attentive aux propos de Pierre Manent et rompre avec la négation de soi qui règne aujourd’hui. L’Europe doute de l’avenir, comme si le déclin de l’Occident était tout à la fois une punition justifiée et une libération pour ses fautes du passé. Certes, des fautes terribles ont été commises, mais sont-elles pires que les fautes commises par des pays comme l’Iran, la Chine, la Corée du Nord, la Russie, la Mauritanie, Cuba, le Nigéria, le Venezuela ou le Soudan, pour ne citer que quelques exemples ? Plus important encore, l’Occident au moins, contrairement à de nombreux autres pays, a tenté de corriger ses erreurs. Aujourd’hui, le danger est de trop corriger, au risque de créer une situation pire qu’avant.

« Pour moi, aujourd’hui, note Finkielkraut, l’essentiel, c’est la civilisation européenne ».

Giulio Meotti, éditeur culturel pour Il Foglio, est un journaliste et auteur italien.

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