Spécialistes du mensonge : comment les détecter !

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D’après une étude menée par des chercheurs de l’Université de l’État du Michigan[1]40% de la population américaine ment ! 

Néanmoins, la majorité des mensonges sont racontés par 5% de la population. C’est-à-dire que seul un petit pourcentage de gens raconte la majorité des mensonges. Les autres ne mentent que très occasionnellement.

Alors, comment repérer les 5% de la population qui mentent continuellement ?

Et bien il semble que les menteurs pathologiques n’aient pas de nuance vis-à-vis d’eux-mêmes et de leur perception de la réalité qu’ils s’inventent : ils sont à la fois très catégoriques et très ordonnés vis-à-vis de ce qui les disculpe, et à la fois tous aussi vagues sur tout le reste.

Le contenu du mensonge

Vous avez déjà sans doute vu un film dans lequel un suspect est appréhendé et interrogé : les enquêteurs demandent systématiquement « reprenons depuis le début ! ». Ce mode opératoire est tout à fait réaliste, il s’agit pour les enquêteurs de voir si le suspect raconte (ou pas) toujours exactement la même chose et dans le même ordre ou pas.

En effet, les menteurs ont tendance à se fabriquer une histoire mentale et à ne jamais en dévier.

Les personnes qui ne mentent pas ont tendance à être submergées par la grande quantité de détails qui leur revient au fur et à mesure qu’ils racontent les faits. Ainsi donc, ceux qui racontent la vérité, ou, disons leur réalité vont immanquablement égrainer des détails différents alors qu’il raconte à nouveau la même histoire.

C’est exactement ce que les enquêteurs cherchent à repérer.

La forme du mensonge

Les « pros » du mensonge essayent donc de ne pas inventer trop de détails de peur que ceux-ci puissent être vérifiés. Ils donnent à leur histoire une forme « généraliste ».

En effet, les personnes honnêtes vont essayer de donner un maximum d’indices qui pourraient permettre de mettre à jour la vérité, alors que les menteurs vont orienter leur discours de façon à ne pas être impliqué.

Le menteur dira par exemple « il était tard », alors qu’une personne sincère ajoutera des détails pour établir la vérité : « il était tard, mais il ne devait pas être plus 23h, car … (blablabla) »

Je, tu, il, ils, on…

Les menteurs n’utilisent pas les « pronoms sujets » de la même façon que les personnes honnêtes.

Lorsqu’il s’agit d’un détail de l’histoire impliquant le sujet, les personnes honnêtes n’hésiteront pas à utiliser le pronom « je ». Elles savent très bien ce qu’elles ont fait ou dit. Les menteurs, quant à eux auront spontanément le besoin d’englober leurs agissements dans un groupe de personne vague et généraliste : « quand ON se retrouve devant une scène pareille ON a qu’une envie c’est de… »

L’honnête dira « quand J’AI vu ça, JE me suis dit qu’il valait mieux… »

Percevez-vous la différence ?

Un autre exemple : l’honnête dira « quand JE l’ai vu tombé, J’AI préféré… », alors que le menteur fera croire que son comportement a été normal en englobant sa personne dans un groupe fictif :

« Quand ON voit quelqu’un tomber, ON préfère … ».

Je toujours, Je jamais !

Le menteur a tendance à être très précis sur sa supposée honnêteté !

Ainsi il dira plus facilement « j’ai toujours fait ceci… », ou « je n’ai jamais fait cela… ». Il est catégorique !

Une personne honnête est capable sans aucune difficulté de modérer la description de ces propres actions : « en général, JE fais ceci… », ou « c’est rare quand je ne fais pas cela… ».

La différence est subtile, et c’est justement cette subtilité que la personne honnête sera capable de formuler sans être à 100% catégorique.

Le menteur est quant à lui très intransigeant : « j’ai toujours … » « je n’ai jamais … ! », et cela ne doit pas être remis en question.

Au défi !

Les personnes honnêtes, que ce soit en général ou vis-à-vis de vous à un instant T, ne se sentiront pas obligées de vous forcer à les croire. Elles raconteront simplement ce qu’elles ont à dire. Les menteurs quant à eux vont user de quelques ruses « non verbales » pour essayer de vous convaincre :

  • les menteurs vont s’efforcer d’appuyer leur regard sur le vôtre ! À l’instant de leur plus gros mensonge de la conversation ils auront les yeux rivés sur les vôtres, sans aucun clignement (et cela peut durer plus d’une minute, ce qui est très long pour des yeux qui ont besoin d’être maintenus à un certain niveau d’humidité).

Négation

Le menteur aura tendance à commenter les évènements par la négation. Par exemple, il niera être coupable avant même d’être accusé. Il fabrique spontanément une défense, alors qu’il n’est pas encore accusé. L’honnête s’en tiendra aux faits, il aura beaucoup plus tendance à raconter ce qu’il a fait plutôt que ce qu’il n’a pas fait.

Prétention d’honnêteté

Une personne honnête n’a, en général, pas besoin de prétendre qui elle l’est !

Les menteurs par contre utiliseront assez fréquemment des mots ou des phrases comme « Honnêtement … », « en toute honnêteté … », « pour dire la vérité… » et même « Sans mentir … ».

Néanmoins, ne vous y trompez pas, les personnes honnêtes peuvent également utiliser ces termes dans une circonstance très précise : quand il s’agit d’avouer qu’ils ont fait quelque chose qui n’est pas forcément très correct, très valorisant ou qui ne correspond pas aux mœurs en vigueur. Dans ce cas de figure, les honnêtes admettent leurs défaillances et confirment qu’elles savent que ce qu’elles ont fait n’est pas très « normal ».

Les menteurs quant à eux, prétendront être honnêtes sur des détails sans importance ou sur la culpabilité des autres !

Pour vous donner un exemple flagrant de prétention d’honnêteté, une personne honnête dira d’elle-même « honnêtement, j’ai eu tellement peur que je n’ai rien fait, j’étais paralysé… » (on pourra également lire de la honte sur son visage).

Le malhonnête dira exactement la même chose… mais au sujet des autres : « honnêtement, je crois qu’il avait tellement peur qu’il était paralysé et il n’a rien fait. »

Encore une subtile différence que l’on ne détecte qu’avec une certaine habitude.

Une quantité variable de détails

L’honnête ayant plutôt tendance à s’en remettre à la vérité pour établir son innocence, sera aussi prolifique pour détailler ses propres actions et celles des autres. On ressent facilement dans son discours que tous les sujets sont traités avec un même niveau de détail.

Le menteur aura tout un tas de détails à raconter pour inculper une autre personne, mais restera souvent très vague et peu prolifique sur son propre alibi. Ainsi, même quand on l’interrogera sur lui, il aura vite fait de dévier la conversation pour parler des autres !

Le point de vue gestuel

Lorsque l’on raconte une scène à laquelle on a assisté ou dans laquelle on a été impliqué, on a tendance à soutenir ses propos avec des gestes. On a littéralement « vu » la scène sous un certain angle et c’est ainsi que l’on aura tendance à avoir une gestuelle illustrative basée sur ce point de vue.

Exemple : Si j’ai réellement assisté à une scène dans laquelle depuis ma position j’ai vu deux personnes se séparer et partir, l’une devant et l’autre sur ma droite, je vais accompagner les propos avec les mains et je ferai un mouvement d’éloignement de ma main vers l’avant pour illustrer que la première personne est partie dans ce sens-là, et je ferais un autre mouvement de la main vers la droite pour illustrer le fait que la deuxième personne est partie sur ma droite.

Lorsque le menteur décrit une scène à laquelle il n’a pas assisté, il aura tendance à avoir un point de vue mal défini dans l’espace et se placera volontiers « au-dessus » de la scène : ses mains vont avoir tendance à illustrer le propos en montrant des emplacements sur une sorte de carte virtuelle vue d’en haut. Il aura même tendance à ne pas utiliser sa propre personne comme référence spatiale : Le menteur dira « il est parti vers LA droite » alors que l’honnête pourra sans problème dire ce qu’il a réellement vécu « il est parti vers MA droite ».

Par extension, l’honnête aura tendance à raconter les évènements dans l’ordre ou ils se sont déroulés sous ses yeux. Il vous racontera par exemple ce qu’il a vu en entrant dans une pièce, en détaillant les choses dans l’ordre ou il les a découvertes. Le menteur aura une narration beaucoup plus anarchique et passera du coq à l’âne au fur et à mesure qu’il invente la scène.

Gagner du temps

Voici quelque chose que tous les menteurs ne font pas, mais que les honnêtes ne font pour ainsi dire jamais : répéter la question de l’interlocuteur avant d’y répondre !

Lorsque l’on pose une question simple à quelqu’un, il n’a normalement besoin d’aucun délai pour y répondre (du tac au tac). Le menteur quant à lui a parfois besoin de quelques secondes pour inventer un mensonge cohérent avec le reste de sa narration. C’est ainsi que le menteur aura facilement tendance à répéter la question de l’interlocuteur avant d’y répondre (et je parle bien de questions simples), et sa réponse risque d’être vague ou étrangement argumentée…

  • Est-ce qu’il faisait nuit quand vous êtes arrivé ?
  • … Est-ce qu’il faisait nuit quand je suis arrivé ?… Heu, je crois que oui… il était plus de 19h30, donc il devait faire nuit.

Dans l’exemple précédent, vous ressentez bien que la réponse est censée « sortir » spontanément et qu’elle n’est pas censée être le résultat d’une réflexion sur le contexte.

Références

Toutes ces informations sont à retrouver dans l’étude :
The Prevalence of Lying in America: ThreeStudies of Self-Reported Lies
(Kim B. Serota, Timothy R. Levine, & Franklin J. Boster)

Cette étude n’est qu’un aspect de la réalité, celle à laquelle le panel sondé a bien voulu se prêter, mais tout cela semble bien tenir debout.


[1]https://static1.squarespace.com/static/53143e7de4b0d2c24316913f/t/531eca51e4b069e27c30717c/1394526801975/Serota_etal_2010_Few-Prolific_liars.pdf

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